Saintelyon 2018

Une année bien difficile émotionnellement et physiquement. De belles performances malgré tout cet été sur le celtman et l’altriman, mais un corps et un mental usés.
Le tendon d’Achille droit à triplé de volume il m’était impossible de courir plus de 5km après l’altriman. En septembre je décide de prendre les choses en main et je démarre une thérapie chez l’ostéo basée sur les ondes de chocs.
En parallèle je suis le protocole de Stanish qui traite les tendinites du tendon d’Achille de façon dynamique.
C’est long, il y a des progrès mais c’est lent.
Fin septembre je reprend la course à pied de façon progressive, j’ai dans la tête d’aller faire la Saintelyon en décembre. 2 mois, avec le foncier acquis au cours de l’année sur le vélo, ça peut le faire.
J’augmente le kilométrage chaque semaine pour passer de 30 à 60km, puis je stabilise autour de 50km hebdomadaire.
Des entraînements plutôt en endurance, avec des allures marathon par intervalle. Pour les grosses intensités, je fais ça sur le home trainer. Bon sang ça pique de taper la z4-z5.
Et au final, après un peu plus de 2 mois d’entrainement, je me retrouve avec un volume très proche de ce que j’ai pu faire dans mes prépas Saintelyon précédente:

Avec une répartition différente, car j’ai privilégié les sorties courtes avec parfois du bi-quotidien pour préserver la mécanique.
Dernière séance chez l'ostéo le lundi à j-5 et tout va bien. Le tendon est guéri. Je suis un peu stress car ma plus longue sortie n’est que de 26km, mais au moins je suis en santé à 100%.

Sur des allures marathon bien plus rapide que ce que j’ai déjà réalisé, le cardio est vraiment bas. Tous les indicateurs sont au vert pour faire une belle course.

Sur les dernières semaines, j’ai utilisé le capteur de puissance stryd afin de réguler les intensités peu importe le terrain.
Ca me permet de m'entraîner dans les bonnes zones et de pouvoir définir un plan de course aux petits oignons.
Et donc en gros, je prévois de faire la course à 220w de moyenne. Ce qui devrait me permettre de tourner à 7’ au kil pour un 81km en 9h36 avec les pauses ravitos.
Précis le mec :)

Samedi jour de course, Massimo me prévient au dernier moment qu’il vient, on va donc partir ensemble. Pas de soucis de circulation, on trouve une place coup de bol juste devant la halle Tony Garnier. Massimo prend les tickets de bus, et je m’occupe des dossards.
C’est réglé presto et on se retrouve rapidement dans le bus pour Saint étienne.
Tout le monde s’inquiète pour la météo. Moi je suis pas inquiet, il va pleuvoir!
Et ça me va bien. Conditions très semblable à ce que j’ai pu avoir en écosse
Entre 5 et 10° de la pluie, du vent.
Je sais donc exactement comment m’habiller.
J’ai prévu de partir en cuissard doublé short de trail kalenji, maillot manche longue merinos de chez decat aussi, et la gore tex odlo Nebula.
Dans le sac je pense emmener mon collant de running, un maillot manche longue de rechange et un coupe vent.
Arrivé à saint etienne, contrôle à l’entrée, les mecs piquent les couverts de tout le monde.
Moi je m’en fou je suis venu avec des sandwichs.
Tiens parlons bouffe.
J’ai mangé standard pendant toute la semaine avant la STL, et j’ai un peu craqué pour des bons plats de pasta semi complètes sur les derniers repas avant la course :)
J’ai lu que le carbo loading ca servait pas à grand chose, et qu’on avait vite tendance à saturer et au contraire à se mettre mal, mais là ça passait très très bien les pastas :)

Pour le soir de la course, j’ai 2 durum, des galettes turcs, comme pour les kebabs, une carotte râpée, riz, comté et ketchup, l’autre saint moret et jambon cru.
Miam.
Pour la course j’ai 2 durum beurre de cacahuètes et confiture de fraises. 6 gels noisettes 3 gels coup de fouet.
Avec ça et quelques cookies sur les ravitos, ça passe facile.
Donc nous voilà dans le stade Gerland, qui n’est qu’à moitié rempli, et on s’installe, on pourrait dire à notre place habituelle. Et là Philippe, un coureur de 2016, nous retrouve, on avait pris le bus avec lui et partagé notre spot avec lui. On l’invite à s’installer avec nous et on se repose tranquille, encore 4h avant le départ.

Sieste, chat sur le phone, Oli et Arnaud nous retrouvent, et s’installent à côté.
Le stade est maintenant bien plein.
À 1h30 du départ je décide de commencer fébrilement à m’habiller. Un coup de body glide sur les couilles, faudrait pas se chopper une irritation avec le cuissard mouillé. Nokage des pieds, et maintenant il faut faire le sac. Bon sang il est fat avec les affaires de rechange.
Je fais un tour dehors, il fait vraiment chaud. Je décide que je n’aurai pas besoin de rechange.
J’ai la méga forme, je vais la désosser cette course. En courant tout le long, jamais j’aurai froid.
(vous le sentez arriver le bon gros #fail?). Je suis pas venu pour abandonner une 2e fois. Je vide le sac. Il reste la bouffe et le coupe vent sans manche.
On part se mettre sur la ligne et on se retrouve dans les 50m, la première vague. Doit y avoir 1000 personnes devant nous.
On patiente avec le peloton, bon sang ce qu’il fait chaud.
J’enlève la goretex et je la remplace par le coupe vent.
Il a plu 5 gouttes mais ça s’est arrêté.
Ayé, c’est l’heure, on s’élance.
Je me sens bien, prêt à affronter cette nuit de running. Ca bouchonne un peu, d’habitude je me fais dépasser de tous les côtés, mais là j’ai envie d’y aller, Massimo pousse, on double.
Le cardio est un poil haut, je visais 135, c’est dans les 145 que je suis, pas une grosse différence, mais niveau allure et puissance ca se ressent, au lieu de tourner à 5’15-5’30 c’est plutôt 4’50, et 240w au lieu de 220.
Ces premiers kilomètres s'enchaînent rapidement, et arrive la première bosse. La nouveauté de ce premier tronçon. Je fais un lap sur la montre, et je décide que là c’est bon, je ralenti le rythme. Massimo vient de me dire qu’il trouvait qu’on était parti un peu vite.
Bon sang ce qu’il fait chaud. J’ai ouvert le coupe vent.
C’est parti pour du 6% pendant 2km. Bah non, je ralenti pas, au contraire. 250w. La cardio grimpe, mais dès que ça replate il redescend, alors je me dis que c’est bon tout va bien, c’est juste une petite allumette de grillée. Et j’enchaine, chaque petite bosse à 250w, je lap à chaque fois en me disant maintenant je ralenti, mais rien n’y fait.
Je me sens bien, Massimo est facile à côté, et on double, bon sang le monde qu’on est en train de doubler …
Il se met à pleuvoir, c’est assez léger, avec la chaleur dégagé, je mouille à peine.
Au bout de 15k je perd Massimo dans une descente, bloqué derrière des coureurs. Je décide que c’est bon, là je me pose. Et je me cale à 230w de moyenne… ouais toujours 10w de plus que le plan, aucune bonne raison de le faire, juste je me sens bien, j’envoie la purée.
Il commence à bien pleuvoir, j’enlève le coupe vent et j’enfile la veste de pluie. Je ne vais plus la quitter jusqu’à l’arrivée...
On arrive à Saint Christo en 1h47 pour 19km 5’35 de moyenne. En 2016 on était à 6’05 sur ce tronçon avec 300m de dénivelé en moins …
Massimo sort du ravito quand j’y rentre, j’attrape 5 pims et je repars, je les mange en marchant et je vois Massimo qui trottine la montée. Non j’essaye pas de le rattraper, il faut vraiment que je me calme.
Et hop je relance. Ca chauffe un peu les mollets, mais ça va encore pas mal.
Et c’est reparti, ce coup là je m’y tiens… bah non, 230w ca doit passer, non?
J’étais 416e en arrivant à St Christo, et je continue de doubler. Quel patate, la moyenne se stabilise autour de 6’ au kil, ca fait un peu peur. C’est le top100 qui cours à 6 au kil …
Sainte Catherine, 2nd ravito, 6’15 de moyenne avec 1000m de D+ en 32 bornes, la vache ça va vite … Je suis 329e maintenant.
Je fais le plein des gourdes, et ça repart. Ca pique un peu les quadris, mais je me sens toujours super bien. Toujours dans les 230w, ça file.
Maintenant c’est la première grosse bosse de la course, on grimpe tranquillement jusqu’au signal. Ca se court assez facile. Dans ma tête une fois là haut, c’est plus que de la descente jusqu’à lyon, avec 2-3 coups de cul rigolo.
Voilà le signal, premier marathon, en 4h32 … What ???
Merde qu’est ce que j’ai fait? 42km, 1400 D+ à 6’30 de moyenne, oh putain c’est vraiment rapide.
Et maintenant la descente. Il pleut fort, c’est détrempé, beaucoup de boue. Depuis le départ le terrain est humide mais ça se tient. Mais depuis Ste Catherine on partage le parcours avec la saint express, et c’est pas 300 coureurs qui sont devant mais 4000.
Ouah la gadoue!!!
Pendant cette descente, je commence à sentir sévèrement mes quadris. Ca pique.
Quand j’arrive en bas, je tente une relance, mais là c’est les mollets qui gueulent. Ouch ca commence à être compliqué.
Au 45e km, je suis sec, j’ai les jambes explosés, plus de quadris, plus de mollets. Reste 35 bornes à faire …
Heureusement J’arrive au ravito de St Genou. Je fais le plein, bois un thé.
Je suis 251e de la course !!! Ouahhh bravo Tom vous vous dites. Bah non, c’est pas mon niveau, genre pas du tout. En 2014 je fini 1300e, en 2015 je fini 930e en 2016 à St Genou j’étais 613e, qu’est ce que je fou en 251e place???

Bon c’est reparti.

Et là je me rappelle d’une réflexion de Massimo pendant qu’on analysait le parcours:
“C’est marrant cette partie à l’air toute plate, mais ça annonce quand même 300m D+ en 15 bornes” Bah oui, déjà en 2016 j’avais bien ralenti sur cette portion, je peux vous dire que là j’en prend plein la tronche. Il pleut, il fait froid, il y a du vent. J’ai tellement mal aux jambes.
Je repense à ces CR d’ultra, genre la barclay etc… ou les gars te racontent qu’ils courent des heures dans des souffrances pas possible, et là je visualise que ça y est c’est mon tour. Il reste plus de 30 bornes à courir, et je suis défait. Il est temps de commencer à taper dans les pensées positives.
Je pense à me enfants, aux gens que j’aime, au fait que c’est du long, y a des hauts et des bas et ça va revenir. Faut que je m’accroche. C’est sur ca va revenir.
Bah non.
Ca revient pas. J’ai juste super mal aux jambes. Je suis en train de payer bien cher un départ bien trop rapide.
Bon sang mais ce tronçon n’en finit pas.

Pas le choix faut avancer, parceque je suis parti en mode super light, dans mon sac y a que de la bouffe. Y a un coupe vent détrempé, mais rien de sec, rien de chaud.
Si je me met à marcher, je vais me taper rapidement une hypothermie quand mes fringues mouillées vont se refroidir.
Alors je cours. Ca fait mal, mais je cours. Je surveille mon cardio, faut rester au dessus de 140, sinon je me refroidi.
Bon sang ça pique.
J’ai tellement envie d’abandonner. Mais je sais ce que ça veut dire. Déjà faut aller jusqu’au prochain ravito. Ensuite faut rendre le dossard, et après il faut attendre le bus pour rentrer. L’attente. 1h30 en 2016. Et j’étais sec. Là je suis trempé, même dans le gymnase je vais me peler. Non c’est pas possible, je peux pas abandonner.
Bon ok j’ai les jambes pétées. Mais à part ça, ça va plutôt bien. Bon j’ai un point de pression sur le 4e metatarse du pied droit. Mais rien à voir avec la fracture de fatigue. C’est un peu genre la chaussure est trop serrée.
Niveau cardio ça tiens bien, si j’avais les cannes je pourrais pousser, je m’alimente bien, je suis pas fatigué.
Et là soulagement, voilà une montée, une belle montée, bien raide, qui va faire fonctionner des muscles qui ont pas branlé grand chose depuis le début de cette course. Des muscles entrainés au top depuis le début de l’année à grimper vers le yeti sous le télécabine. Je la défonce cette montée. Je grille 20 peut etre 25 mecs dans cette montée. Ahhhh que c’est bon, pas de douleurs. Mais voilà, c’est déjà fini, et derrière ça descente, et ça pique. Et à nouveau du chemin, des faux plats et je me traîne à nouveau.

Ayé enfin voilà ce ravito, Saint Genou le bien nommé. Bon ca va pas en étonner certains, mais faut vraiment que j’aille aux chiottes. Y en a 3, et un seul d’utilisable vu l’état des 2 autres. Bien sur y a plus de PQ, mais c’est pas un soucis, j’ai ce qu’il faut dans mon sac :)
Je m’assois, pas la force de faire un squat. Ouahhh que c’est bon de se poser. Bon j’ai vraiment peur de tétaniser et plus pouvoir me sortir de ce truc immonde. Je fais rapidement mon affaire, et oh merci le designer de ce truc, utilise la poigné pour pouvoir me relever. Je ressors, et là c’est la mega averse qui me tombe sur le coin de la tronche. Rien à foutre. Il reste 20km j’y vais!

Je suis donc maintenant en 305 position, j’ai pas trop vu les 50 coureurs me doubler sur ces 15km. Ma moyenne a chuté au dessus des 7’ au kil avec cette pause un peu longue. En théorie, sur ces 20km de bitumes, je devrais pouvoir taper le 6’30 de moyenne, et donc finir en dessous de l’objectif de 9h36. Et sur les premiers kilomètres j’y crois. Cette petite pause assise m’a fait du bien. J’ai retrouvé un peu de peps dans la foulée. Ca cours à 6 au kil, c’est la fête.
Mais bon le profil est principalement descendant dans cette première partie. Et rapidement la moyenne baisse, baisse, baisse.
Plus jamais on m’y reprendra, j’y reviendra pas sur cette course. C’est tellement dur!
Quand arrive la grosse descente vers le garon, j’ai envie de pleurer tellement mais quadri me font mal. Et c’est gavée de boue, et ma semelle droite commence à se barrer dans la chaussure. D’ailleurs elle finit complètement ratatinée dans le bout de ma chaussure sous les doigts de pied. Pas le choix, je dois m’arrêter pour la remettre en place.
Houlala que c’est dur de se pencher, de s’accroupir. Rahhh le double noeud, comme je peine.
Voilà la semelle est remise en place, je resserre pas trop la chaussure pour soulager le point de compression, et je repars. Doucement, de toute façons tout va se faire doucement maintenant.
Je regarde le kilométrage et jamais plus de 500m n’est passé. Il me reste 14km. Je me promet de plus regarder ma montre, je cours. Et finalement je regarde ma montre … 500m de passer.
Et je me refais la promesse, et ça jusqu’à Chaponost, le dernier ravito.

Je m'arrête 1min prendre du coca, et repars direct. 10km, allez Tom, c’est rien 10 kils.
Bah si, il va me falloir 1h20 pour faire ces 10 derniers kils, je vais devoir marcher dans chaque montée, relancer à chaque replat. Et continuer de souffrir.
Non mais y a pas, on s’y fait pas hein, la douleur ne disparaît pas. Quand t’es cramé t’es cramé. Tu peux serrer les dents, penser à autre chose, mais tes cuisses broyées, elles sont toujours là.
Vous savez quand en début de saison on fait cette première descente sous le télécabine, et que le lendemain on a les cuisses broyées et qu’on descend les escaliers en canard pendant 3j?
Bah voilà, ça fait 4h que je cours dans cette état.
5km
J’avance plus, 7 au kil sur le plat.
4km
3km
Les marches, j’ai peur. Chaque descentes de trottoir a été un calvaire sur ce 10k, et là les fameuses marche, 200 environ.
Et bah même pas mal, c’est passé tout seul, youhooooouuuuuu
Par contre courir dans la descente vers les quais ça pique.
2km les quais (dégueulasse)
Et voilà, le dernier km, il m’attend en souriant ce dernier kilomètre, il m’attend depuis plus d’une heure, dans le froid, sous la pluie, il a vu passer Massimo largement avant moi, mais il est là.
C’est pas facile de courir ce dernier kilomètre, mais je suis heureux, et voilà la halle Tony Garnier, l’arche, l’arrivée.
Fini de courir.
448e en 9h42 sur 6597 dont 5207 finishers.
Massimo est là, douché l’enfoiré, je récupère ma médaille, mon Tshirt Finisher 81km. Je commence déjà à boiter, ma cheville qui a tenu toute la course rend l’âme immédiatement.
Ca c’est fait. C’est la première fois que je déglingue un plan de course de la sorte. C’est la première fois que j’explose en vol, et c’est aussi la première fois que je vais au bout de moi même en terme de résistance à la douleur.

Elle était longue, elle était mouillée, boueuse, douloureuse mais encore une fois elle était belle cette saintelyon.

Au final ce ne sont que 6' de plus que l'objectif et 215w de moyenne au lieu de 220, pas si loin du compte, mais pas des sensations que j'aimerai retrouvé pendant la deuxième moitié de course.

Pendant 3j j’ai boité, puis j’ai repris possession de mes muscles, de ma cheville, et 6j après je pouvais trottiner. Ca a tenu. Le tendon, la cheville, le genou, tout a tenu. Bon, peut-être que j’y retournerai en fait...