Celtman 2018

Il est 3h du mat, la journée commence, je vais faire popo #deniscestpourtoi. Voilà ça c’est fait, maintenant je vais être tranquille pour la journée … ou pas.

Je remonte la colline qui sépare les toilettes publique du champ miné de crotte de mouton dans lequel nous avons installé le van, et qui sert de camping officiel pour les athlètes du celtman.
zoom

Là Nico est en train de préparer le petit dej. Thé, muesli, yaourt. Ah plus de gaz dans le réchaud, le thé sera tiède et peu infusé. Bah pas grave.

Il est 3h15 du matin il fait déjà jour et le ciel n’a jamais été aussi dégagé depuis qu’on est arrivé. C’est grand beau. Mais on est en écosse, on sait que ça ne va pas durer.
Je suis bien content de pouvoir me préparer au sec. De profiter des belles couleurs et des paysages du coin.
Je suis zen. Tout est près, j’ai peu de chose à penser car j’ai mon équipe de support qui s’occupe de tout, et hier on a tout répété.

J’enfile ma combi du club, je veux nager avec la trisuit en dessous de la combi néoprène pour un peu plus de chaleur, partir avec pour faire une transition rapide, et si c’est trop inconfortable (je l’ai pas testé sur plus de 3h sur le vélo de chrono) je ferai un change lors du 1er ravito prévu avec l’équipe.
J’enfile ensuite la combi néoprène, à moitié seulement, et la doudoune. Il fait pas bien chaud.
J’attrape mon vélo et mes affaires de nat, puis avec Nico et Michael on se dirige vers le départ.

Nico rack mon vélo pendant que je récupère ma puce de chronométrage et ma balise GPS. La course est retransmise en live sur le net, et les “dot-watchers” vont pouvoir se régaler.
Ca se voit que je suis prêt?

Et il a pas fier allure mon pacer? Et oui chaussettes tongs, c’est la grande classe en écosse.
C’est là qu’on nage, on part du fond et on revient à la plage, 3,4km annoncé:
On se dirige ensuite vers les bus, sur le chemin on retrouve Denis, un pote du club qui va faire la course avec moi, c’est sa femme Claire qui fait l’intégralité de son support crew, trop forte Claire.
Une belle journée qui s’annonce?
Tss Tss, on est en écosse, rappelez-vous

T1:
C’est parti pour un petit trajet de 5-6km en bus sur une toute petite route. Les bus calent dans les montées tellement elles sont raides. Ca promet pour le vélo.
On nous débarque à côté d’un champ qui donne sur la mer.
Encore un beau champ à mouton plein de merdes, bon sang c’est un thème en écosse.

Sur le champ/plage, il y a pleins de brûlots allumés, et un groupe de rock star écossaise à la cornemuse et aux tambours. Ambiance. C’est top.
On se rassemble en dessous du symbole celtique qui est alors embrasé, il fait beau, c’est magnifique.
Ensuite c’est le moment d’aller se mettre à l’eau.
J’ai enfilé mes chaussons néoprène, mes gants néoprène, ma cagoule néoprène et mis mon petit bonnet rose celtman par dessus. J’ai pris soin de mettre une bonne dose de body glide tout autour de mon coup. Ca va éviter les frottements de la cagoule, et peut être faire une couche de protection anti-méduse.

Je double rapidement tout le monde pour me mettre à la flotte dans les premiers et surtout être à l’avant pour le départ. Je suis pas un nageur extra ordinaire, mais je sais que sur ce genre de triathlon ça ne nage pas très vite et que je peux faire le premier groupe.

Je marche dans le varek, il faut un bout de temps avant d’arriver à avoir de l’eau à la taille, puis ça y est, l’eau s’infiltre par le zip de la combi, bon sang elle est fraîche (11°C).
Je la laisse entrer, puis une fois acclimaté, je tire sur mon col et me balance dans la flotte. L’eau s’engouffre, c’est comme mettre les doigts dans la prise, bzzzz que c’est froid.
Je me relève, lève les bras. L’eau passe partout dans la combi qui se place correctement sur le corps.
Ca se réchauffe rapidement au contact de la peau. Voilà je suis bien. Je me met sur le dos et me laisse flotter, relax, en attendant le départ.
Quand je met la tête dans l’eau, ça pique les joues, mais c’est assez correct, comme à l’entrainement. (Lac léman entre 12 et 16° au mois de mai)
Les 500 premiers mètres vont être difficile mais après ça va bien aller.
Le chemin est simple: on vise à gauche de la première île, puis à gauche de la 2e, et enfin la plage de Shieldaig avec les drapeaux blancs.

Bruit de corne de brume, c’est parti.

Je suis dans les 10 premiers, ça part très fort, je suis surpris. Je me sens pas bien du tout, le souffle est court, je tente une respi tous les 2 mouvements, mais pas mieux.
J’ai vraiment froid à la gueule, bon sang c’est compliqué ce départ.
Encore une fois y à pas à chier, pour faire un bon départ il faut que je m’échauffe en tapant des sprints, là on part à froid, c’est pas mon truc.
Je lève la tête, devant ça s’envole, y a 3 gars qui se sépare du groupe. Moi je suis bien, j’ai pris les pieds de ce premier groupe, j’ai posé mon rythme, ça ralenti un peu, je respire mieux, à partir de maintenant ça va bien se passer.
La montre bip, 500m, 6’59, bon sang, jamais nagé si vite.

On est bien aligné vers la première île, tout va bien.
Tiens des méduses, j’en avais bien vu une ou deux depuis le départ, mais là il commence à y en avoir beaucoup.
Ouah bordel, y en a masse là, ça tourbillonne autour de mon bras à chaque mouvement de crawl.
Gros stress, j’ai bien peur de m’en mettre une sur la tronche.
Je sors la tête de l’eau, impossible de les voir, y a pas, faut y aller à l’aveugle en espérant sortir du banc de méduses.
Bon elles sont jolies ces petites méduses transparentes bleues, mais quand ça dépasse les 40 au m2, ca stress.

Je suis toujours dans des pieds, mais y a moins de bulles, je lève la tête, et merde, le gars que je suis à perdu le groupe pendant la traversée du banc de méduse. Ils sont pas bien loin, je dois pouvoir les reprendre. Je met une accélération et je tente de recoller encore 200m à 1’20, je me rapproche, mais non j’arrive pas à recoller.
Bon la journée va être longue, alors je vais pas tout lâcher maintenant. Je suis loin devant le 2e groupe, et je vais pas revenir sur le premier sans me ruiner, alors je passe en mode pépère et je vais finir cette nat tout seul.
J’ai plus du tout froid, je repasse quelques bancs de méduses mais moins denses que le premier. Mais au passage de la 2e île, ma main droite heurte un truc mou. J’étais en train de respirer à gauche, je remet la tête dans l’eau, je regarde à droite, et ouahhhh qu’elle est pas belle. Une énorme méduse jaune décolorée, avec de longs filaments en dessous. Je sursaute dans l’eau, sisi c’est possible, donne une grosse impulsion avec les jambes et me sauve rapidement de là.
Beurk, la pas belle.
La fin de la nat est plutôt calme, juste une envie de popo qui pointe le bout de son nez #deniscestpourtoi

Sur la droite, le gars tout seul, c’est moi.

J’arrive au bord, les bénévoles m’aide à sortir de l’eau, je titube un peu sur cette jetée toute difforme, mais je suis bien content d’être arrivé au bout sans m’être fait cramer la gueule par une méduse!
Je retrouve Nico en haut qui m’aide à me dessaper. Y a énormément de monde, beaucoup d’encouragements, super ambiance. C’est bonheur.
J’arrive à ma chaise, je me pose les fesses pour enfiler chaussettes et chaussures de vélo.
Dommage je vais recouvrir ma belle combi du club avec un maillot, c’est que ça pelle dans ce pays.
Nico me passe mon maillot déjà rempli avec le matos réparation et la bouffe. J’enfile un bandeau, mon casque, et je décide de partir avec la bache pour me réchauffer. Mais au moment où je me lève, je sens que je vais devoir faire une pause technique.
“Nico on a du PQ?” #deniscestpourtoi Non, mais Claire est là et elle a des lingettes bébé. J’attrape les lingettes et mon vélo, et je file vers la ligne de transition. Je sais que les toilettes publiques sont 25m derrière, normal, c’est ceux qu’on utilise comme sanitaire de notre “camping”.
Donc je passe la ligne et je file droit vers les chiottes… des filles ;)
Voilà ça va mieux, maintenant à l’attaque, j’ai perdu quelques places pendant cette transition à rallonge.

Les 20 premières bornes ça va être un jeu de dépassement sur une route super étroite. Je tape un peu plus haut que prévu niveau watts pour me réchauffer, et passer tous les gars qui m’ont grillé. Un peu aigris le toto sur ce coup là.
Bon c’est des toutes petites bosses, et je prend 10-20w de plus, c’est pas non plus du gros grillage d’allumettes.
Dans la 2e bosse, je me fait doubler par une nana, en danseuse, elle martyrise son pédalier. Bon sang quel rythme!
Je la reprend sur le faux plat suivant sans la doubler, elle refait l’écart dans la bosse suivante, et je me rapproche encore sur le plat, puis je fini par la doubler. Je ne la reverrai que bien plus tard dans la course.
Entre Shieldaig et Kinlochewe je vais bien doubler une vingtaine de gars, et me ferai doubler 2x
Je vais aussi doubler un paquet de véhicule accompagnateur (crew ca sera plus court pour la suite).
J’ai enlevé ma veste à Torridon, je suis maintenant bien chaud. Je peux baisser l’intensité et me poser.
Je continue de doubler quand même. Il doit plus y avoir grand monde devant moi. Pendant ce temps la famille et les amis suivent mon dot gps sur le live tracking, et commentent sur le chat whatsapp mis en place pour l’occasion. D’après ma mère, je suis alors 5e de la course, plutôt cool :)

Le temps se couvre, le soleil qu’on avait à la natation était déjà caché lorsque je suis monté sur le vélo. Maintenant il commence a y avoir un petit crachin, genre vive la bretagne.
Je profite d’un moment de calme et d’une ligne droite pour envoyer une photo à mes fans.
Pendant ce temps Michael mon pacer pour le run repère les endroits ou je pourrais faire un popo sauvage #deniscestpourtoi

Abrité de la pluie, et feuille de PQ géantes.

2h de vélo, il me rattrape.
Ca commence à bien rincer. Ils se sont arrêter rapido prendre un petit dej, et vont maintenant se poser aux alentours du km70 pour mon premier ravito.
J’ai mangé 2 fajitas, une par heure, c’est le rythme que je me suis fixé sur le vélo. Quand j’ai une fringale entre 2, je mange une figue, ou je choppe une banane quand les copains sont arrêtés en bord de route.
Y’a une ambiance énorme sur le parcours. C’est incroyable parce qu’on est quand même perdu au bout du monde, mais comme les voitures suiveuses me dépassent régulièrement, à chaque passage ce sont des klaxonnes, cloches, encouragement, et de la part de tous le monde, c’est vraiment génial.
Bon il commence à faire frais sous la flotte, j’échange ma veste bleue à manche longue contre mon petit coupe vent sans manche.
C’est un peu juste sur les jambes, mais avec les petites bosses à répétition, je chauffe bien, je demande quand même à mon crew de préparer les jambières.
Ils sont un peu stress parce que j’ai pas bu grand chose depuis le départ du vélo, mais je suis vraiment bien. Je me force un peu pour etre sur, mais tout va.
Ca commence à rincer sévère. Mon compteur affiche 7-8°C
On approche des grosses bosses. Km 92 une petite vacherie avec du 12% dedans, mais ça passe facile. Seb, un athlète français avec qui j’ai déjà croisé le fer sur l’evergreen me rattrape. Et là dans la montée, il pête son porte gourde. Il va finir avec une gourde planquée dans le maillot.
Enervé il écrase la montée et me largue.
Moi je continue à mon rythme. Depuis le départ, je tiens les intensités prévu dans les bosses. Jusque là aucun moment de moins bien, tout me parait facile.
Bon niveau hydratation ça doit aller car je suis obligé de m’arrêter pisser, et pas le petit pipi.

Maintenant il reste le gros morceau, un col assez long mais pas très raide.
En gros 10 bornes à 3%.
Facile me direz vous, oui, mais là le vent vient s’en mêler, et bon sang c’est dur.
Bizarrement pas de tenir l’intensité voulu. C’est un petit coup au moral. Je suis dans le dur, je pioche.
La route est dégueulasse, mais un truc de fou. Les trous dans la route, c’est plus des nids de poule mais des nids de cochons.
M’en fous c’est du long, je prends un gel, et je pousse sur les pédales, et effectivement le gel coup de fouet fait son effet, je retrouve du jus.
Je vois les copains en haut du col, pas l’intention de m’arrêter, j’ai tout ce qu’il me faut sur moi. Pis finalement je changerai bien de gourde pour être peinard plus longtemps.
Mais la ça cafouille. Je tente de donner mon gel vide à Nico, tout en attrapant la gourde qu’il me tend. Je sens que ça va chier, j’essaye de m’arrêter, mais ma main ripe sur le guidon détremper. Et là c’est le drame, zou je me retrouve par terre.
J’ai pris un coup de selle dans la cuisse gauche, la roue s’est désaxée, et je me suis cogné la main droite.
Nico me remet droit, je démonte/remonte la roue, attrape la gourde et repart, derrière un gars qui vient de me doubler. Grrr ça m’énerve, j’aurai juste dû m'arrêter plutôt que de vouloir grapiller 1’.
Bon ça va pas de problème mécanique, et sur la cuisse c’est juste un coup, ça fait mal mais ça va passer tout seul.
Bon en tout cas c’est fini pour la grimpette, maintenant ça va filer. Par contre j’ai les cuisses béton. C’est pas l’effort mais le froid, il est temps de mettre les jambières.
Quand les copains me double, je leur fait comprendre que je veux un arrêt rapide pour les guibolles.
2km plus loin, ils sont là, prêt!
Arrêt au stand éclair, déchaussage, enfilage, rechaussage, chargement en bouffe, et c’est reparti.
Ouahh j’ai bien chaud maintenant, ça va filer jusqu’à la ligne.
Bon la météo ça s’arrange pas, j’ai chaud aux jambes, mais je suis maintenant trempé en haut. Heureusement que j’ai mon rapha brevet avec l’avant coupe vent, plus le coupe vent, ça permet de bien garder la chaleur. Par contre les bras, même avec les manchons, c’est frais.
Je me dis que si moi j’ai froid, y en a qui doivent prendre très très cher.
Bon sang encore envie de pisser, ce coup là je me la joue live, et je pisse depuis le vélo en roulant, comme sur le 400. Le soucis c’est qu’il y a toutes les voitures d’assistance qui double, bah tant pis, qu’ils profitent.
Je commence à chercher les pensées positives, je visualise la transition, et le change complet, enfiler du sec, mettre du long, bien chaud, la goretex. Ah ça va être bon ça.
Allez plus que 70 bornes, c’est un peu plus de 2h.
Je matte le compteur, 135 bornes en 4h40, 29kmh de moyenne et quasi tout le D+ est passé, je suis en train de déchirer le parcours vélo.
J’ai aucune idée de mon classement, Nico pense que je suis dans le top10, je suis bien motivé.

Dernier ravitaillement au km 170. La prochaine fois que je vois les copains, ce sera en T2. Il reste une bosse et une grosse descente sur du gravillon.
La route est toujours aussi dégueulasse. Je me fais rattrapé par David, et je le garde en ligne de mire. Il roule complètement à gauche de la chaussée, c’est bizarre. Mais en fait c’est très malin. Il y a une bande lisse d’asphalt ou les écossais n’ont pas collé leur gravel tout pourri. Il y a un bien meilleur rendement que sur la route.
Alors je m’y colle aussi. Vu comme on se fait rincer la tronche depuis des heures, cette bande est toute propre.
Il faut juste réussir à tenir le vélo sur 10cm de large, et surtout pas partir à gauche car c’est le bas côté.
Exercice de funambule sur un vélo de chrono après 180 bornes. Mais ça joue. 2 fois je mordrais dans la terre mais sans conséquence. Petit coup d’adrénaline à chaque fois, et je visualise mon pote Jérémie qui s’était pété la clavicule sur un coup comme ça.

Voilà dernière bosse, je baisse un poil l’intensité pour garder du jus pour la cap, je sens bien que j’ai cramé un paquet de jus à lutter contre le froid. Je déboule ensuite dans la descente, je freine bien fort avant de passer sur la partie gravillonnée, mais c’est très droit, et assez stable. Je lâche les freins, et file à 70kmh, gravel forever.

Dernier virage à gauche, ça y est c’est T2, petit coup d’oeil, 29.7kmh de moyenne, poah mal!
Je suis en 11e position.

Michael est là pour attraper mon vélo, je file dans la zone de transition où Nico m’attend avec tout le change. Il ne pleut plus. Je décide de partir en cuissard trail court en bas, et long en haut, il faut que je me réchauffe.
Que c’est bon d’enfiler des vêtements sec. Je me badigeonne l’entrecuisse de nok, les 200k de vélo en trifonction sur une serviette hygiénique à la place du chamois, ça irrite un peu.
Je me nok ensuite copieusement les pieds, chaussettes sèches, chaussures de trail et c’est parti.
Merci les gars, on se retrouve dans moins de 20 bornes à T2a pour la montagne.
Petit point chrono, je suis bien, même très bien. J’ai 3h pour faire les 17 bornes jusqu’à T2A, ca sent bon la route haute et le T-shirt bleu.

Le run commence sur une petite route bitumée, légère montée. Je tourne à 6’ au kil, faut pas s’énerver, ça va être long. Le ciel est dégagé, on pourrait presque dire qu’il fait beau.
Mais pas 2km dans le run, j’ai le ventre qui fait du bruit, et y’a pas, va falloir que je retourne au pot.
Zut j’ai pas mis de PQ dans mon sac. Bon je vais la jouer naturel, sauf que la végétation écossaise, elle fait pas trop dans le feuillu. Pas moyen de retrouver les megas plantes qui abritaient Michael plus tot.
Y a bien un cours d’eau sur le côté, ou je pourrais me laver, mais la pente est raide et ça à l’air profond.
Je cours bien 1km avant de trouver feuilles à ma taille.
Hop un petit coin planqué et je fais mon affaire #deniscestpourtoi.
Et c’est reparti, plus que 39km …
Bon ça y est ça commence à grimper, et ça revient fort derrière. Je trottine mais rapidement j’entends gueuler, je me retourne, et en fait je suis en train de me planter de chemin.
En fait on prend pas la route 4x4 qui grimpe dans la montagne, on prend un petit chemin à côté.
J'ai dit petit chemin? En fait non, rapidement on se trouve à errer dans les highlands, seul quelques fanions nous indiquent le chemin au milieu des fougères locales.
Bon ça y est je me fais pas mal doubler. Coup de mou dans la bosse, j’avance pas.
La première féminine me dépasse. J’essaye de m’accrocher mais non ça veut pas.
J’entends une équipe française qui arrive derrière. Bon sang le pacer met la pression à son coureur. Soit le gars c’est une brute et il va tout défoncer. Soit il va exploser rapidement.
Enfin le haut de la bosse. Pffff 1h07 pour 7km, pas terrible.
Dans la descente, les français me rattrapent, c’est un gars que j’ai rencontré sur le camping et qui a fait l’evergreen l’an dernier. Un warrior qui est allé au bout. Il a pas l’air en super forme. Il se met à mon rythme et on discute un moment dans la descente.
Puis quand ça replate, je perds du terrain, j’ai pas les cannes.
Mais au bout d’un moment l’écart se stabilise. Puis je commence à revenir, et je me sens de mieux en mieux.
Je le reprend, puis le passe, ça y est je me sens bien, ça déroule.
Fini la première partie trail, je rejoins la route qui m’amène à T2A. Je vais avaler les 2.5km de bitume vallonné à 5’45 au kilo, ca va bien.
Juste avant T2A je vois Michael qui arrive à ma rencontre. A partir de maintenant j’ai mon pacer.
Je lui dit que je suis sur un haut de forme, et qu’on va pouvoir attaquer la montée.
T2A en 2h07, j’ai fait les 10km en 1h pour finir cette première partie, cool. Et pour le maillot bleu, c’est gagné, j’ai 1h d’avance sur la barrière horaire.
Inspection du matos montagne, puis go.
Ca part direct dans la bosse, un bon 900m de D+ à prendre en 3-4km
Y a 2 équipes juste derrière. Michael part assez fort, 1000m/h mais je me sens bien derrière. Il me demande si il faut ralentir, je lui dit que tout va bien, on va se servir de cette forme pour avaler la bosse.
On commence à distancer les 2 équipes derrière, et on commence à apercevoir du monde devant. On monte et on remonte.
Première partie de la bosse, petit replat. On tourne à 900m/h de moyenne, on a largué les gars de derrière et repris 2 équipes, devant nous se dresse la partie vraiment raide. Y a 4 équipes plus haut, on va essayer de les taper avant le sommet.
Michael mène la danse et je lui colle au cul. Très rapidement on revient sur un groupe de 3 équipes, ils sont scotchés dans le raide. On les enfume comme si c’était des plots sur le parcours.
Dans ces équipes, il y a le gars qui m’a rappelé vers le bon chemin tout à l’heure. Il m’avait dit que je lui devais mon T-shirt de finisher. Je lui tape sur l’épaule en lui disant que je l’oublie pas, mais qu’il faut qu’ils finissent devant quand même.
Ca va toujours très bien, et on garde le rythme.
Encore 2 équipes devant.
On en reprend 1 avant d’attaquer la partie en crête exposé. Là on ralenti un peu pour enfiler les vestes, le temps s’est bien dégradé, on voit pas le sommet et ça pleut fort avec du vent.
Ouhhh c’est bon de mettre la veste, il commençait à faire bien froid.
On revient sur la dernière équipe et on les double au passage du sommet juste au moment du pointage. C’est la première féminine :)
1h04 pour taper la bosse, 890m/h de moyenne dans la montée, comme à l'entraînement mais après 11h d’effort, bon sang ça tourne!
Bon maintenant c’est plus la même histoire, on est dans le brouillard sur une crête en pierrier. Je fais hyper gaffe de pas me faire une cheville. J’essaye de mettre du rythme mais j’avance pas. Fait chier.
On revient quand même sur une équipe, c’est un gars qui m’a fumé sur la partie bitume juste avant T2A. Le mec m’avait fait le commentaire suivant: “y a les nageurs, y a les rouleurs et y a les coureurs, moi je cours” effectivement, il était bien à 4’30 sur le bitume.
Mais la dans la montagne, le gros lourdaux en basket revient fort. Quand il me voit, il met la pression à son pacer et ils remettent du rythme. On va pas le reprendre.
La féminine revient et me passe. On passe le goulet de la descente, c’est impressionnant, mais c’est pas pour tout de suite, il faut encore faire un aller retour au sommet.
C’est vraiment brouillard, heureusement il y a des sauveteurs tous les 500m pour nous indiquer le chemin.
Et voilà le sommet, et là coup de bol, ça se dégage. Michael peut profiter du paysage pendant que j’enfile ma chevillère. Vu le terrain, je vais pas prendre de risque dans la descente.
Et c’est parti.
Alors en général la descente c’est là où je fais un carton. Mais avec ma cheville en carton et la fatigue, bah ça va pas jouer du tout. J’avance pas. Ca revient fort derrière.
On arrive au goulet. Bon sang c’est raide, et c’est long.
A gauche ébouli, si tu veux passer c’est en glissade. A droite des marches de 50cm de haut et 4cm de large, un sacré chantier. C’est bien technique et je me sens à l’aise. Je passe devant et montre le chemin à Michael qui est pas rassuré. On arrive à reprendre une équipe. Ils nous appellent les “mountain lions”. Cool :)
On arrive entier en bas de ce passage super tendu. Maintenant c’est déambulation autour, au dessus, à travers d’énormes rochers.
(on est passé dans le goulet marron clair au milieu de la falaise au fond)

La 2e féminine nous passe. On s’accroche et on suit sa trace, mais c’est chaud.
Arrivé au lac, ça repart en chemin, mais c’est gavé de pierre piégeuse, à nouveau je suis scotché, impossible de sautiller de cailloux en cailloux, ça rame.
On perds un temps phénoménal sur cette partie.
D’ailleurs le gars du T-shirt me repasse, peu de chance que j’arrive à le reprendre sur le bitume pour finir.
Enfin on rattrape le chemin de la low route.
Beaucoup plus facile à courir. On croise les derniers coureurs à partir sur la low route. On tape dans les mains au passage, tout le monde s’encourage, c’est bon esprit.
Et voilà T2B, et encore une envie de chier #deniscestpourtoi. Bon sang c’est pas possible.
Je laisse mon sac de trail à Nico pour qu’ils virent tout le matos inutile, je garde juste les gourdes.
Je fais mon affaire et on repart.
Y a 2 équipes devant, j'ai la niaque, on les fume.
C’est parti à 5’30, Michael me dit qu’on est ptet parti un peu fort, mais je me sens bien. Je lui dit d’accélérer, et de ralentir quand il me lâche. Je passe à 5’10 et ça cavale. Y a pas mal de barrière à passer et Michael prends de l’avance pour me les ouvrir, gros gains de temps et pas de prise de risques sur les barrières canadienne qui pourraient me défoncer une cheville.
Y a 2 mecs devant, et 2 mecs derrière. Je gagne du terrain, mais derrière ça revient fort.
Je tiens le rythme, et on rattrape un des 2 gars de devant, YES, ah mais non, il a pas de dossard, en fait le mec tout devant à larguer son pacer qui court pas assez vite sur le plat. Damned pas de place gagnée.
On arrive au village finish, mais c’est pas fini, y a encore une boucle de 2 bornes à faire avant la ligne.
Le gars devant est plus très loin, mais le gars derrière me passe. Ca commence à tirer dans le genou droit.
J’essaye de prendre le rythme du gars qui me passe, mais 4’50 à ce moment là ça va pas jouer.
Je lâche l’affaire, je reprendrai plus de place.
On regarde derrière, personne. Bon bah on va finir en footing.
Tout de suite la tension dans le genou droit disparaît. Par contre je sens l'hypoglycémie arriver.
J’avais pris un gel à T2b, c’est pour ça que je pouvais envoyer, mais là ça fait 6 bornes donc un peu plus de 30’ et le gel fait plus effet, c’est le creu de la vague. Michael banane please. Zut y a plu. Arf c’est fini je craque, je marche. Michael sort des morceaux de mangues séchés. 2 petits bouts, le goût sucré, ca va mieux, et je me remet à courir. Encore 1km, bon sang c’est long et c’est dur.
Mais ça y est, la dernière montée, la ligne, et voilà, ça c’est fait. Top finisher du celtman!
21e au scratch, 4e veteran pour 2 petites minutes que j’aurai pu trouver 20 fois sur la course. Mais on s’en fout. Je suis allé au bout, j’ai bien donné, j’étais avec les copains, c’était super.