Altriman 2018

Ma vie est en vrac depuis quelques mois, ma femme me quitte.
J’ai voulu annuler le celtman le mois dernier. Mais finalement mes potes, mon équipe support à juste titre, m’encourage à y aller quand même. Un beau voyage qui m’aura fait vraiment du bien.
Mais le retour est terrible, ca va encore plus mal. Je suis arrêté par le doc, qui me dit de prendre l’air, de bouger. Pour un mec qui fait 15h de sport par semaine c’est un drôle de conseil.
Bref je suis pas là pour vous raconter mes problèmes de couple, pour ça on peut se voir en live et prendre une binouze.

Donc 2 semaines pour faire le point, me vider la tête, prendre l’air.

D’abord je me tourne vers la MBRace pour aller rouler avec mon pote Laurent, mais c’est complet. Ensuite vers le stonebrixiaman, un autre tri extrême en italie, mais là il faut du support et mon seul pote dispo n’a pas le permis, et il est pas fan de se taper les 90kils de T1 à T2 en vélo (y a pourtant qu’un col à passer au lieu de 2) avant de faire le marathon avec moi.
Je trouve un beau marathon VTT dans les dolomites, mais 7h de route. Et puis mon pote Laurent (pas le même) me dit que c’est le weekend de l’altriman, dans les pyrénées. 7h de route aussi.
Je suis indécis. L’altriman c’est du triathlon XXL, c’est pas un extrême mais on en est pas loin avec un parcours vélo à 5000D+ c’est parti pour au moins 15h d’effort. 3 semaines après le celtman c’est ptet un peu velu.
De l’autre côté 14h de route pour faire 8h de VTT ça me fait chier.
Bon c’est décidé j’irai dans les pyrénées voir ce que donne cette Altriman, en mode balade.
Je fais quand même les maths pour savoir comment je me placerai si j’étais frais et bien entraîné. Un top20 en 14h30 semble accrochable, mais c’est pas l’objectif. J’y vais pour me vider la tête, prendre du plaisir, voir du pays.
J’avais toujours refusé d’aller dans les pyrénées car trop loin. Mais là j’ai le temps, l’opportunité alors zou, j’y vais.

La route est longue, mais il fait beau, pas trop de monde sur les routes car je suis parti le jeudi en fin d’après midi, donc pas encore le rush des départs en vacances.
Je passe la nuit à côté de Sète avec vu sur la mer.
Vendredi matin je fais la partie montagne du trajet et là je commence à en prendre pleins les yeux. C’est beau. Mais il va faire chaud. Très chaud dans les vallées.
En arrivant sur le site, je vois déjà quelques camping car installé sous les arbres, à 200m du lac et de T1.
Je m’y pose aussi, c’est bien sympa comme spot.
Je pique une tête pour goûter l’eau, 18-19° ca se fait en maillot de bain après le loch du celtman.
Le lac est magnifique, ça va vraiment être sympa cette natation.
Je me sèche puis c’est déjà l’heure d’aller chercher mon dossard. Il y a déjà de la queue mais je récupère rapidement mon sésame.
Juste à côté il y a le shop de la course, et après les prix exorbitants des goodies celtman, je me fais plaisir avec ceux de l’altriman, beaucoup plus raisonnable.
A moi le sweatshirt pour faire le kéké à mon prochain triathlon ;)
Je retourne ensuite au camion préparé le vélo et ma nourriture de course.
Je pars avec 8 fajitas pour le vélo. 4 au départ, puis 2 dans chaque ravito perso. C’est l’organisation parfaite pour moi. Je peux avoir sur le parcours tout ce dont j’ai besoin. Je n’aurai sur les ravitos qu’à prendre des bananes.
Je décide de partir en trifonction mais à nouvelle fois avec un maillot de vélo pour bénéficier des grandes poches, avec 8h30 prévu pour le vélo faut de la capacité.
La trifonction me permet de faire une transition rapide à T1 et peut être à T2 si je suis dans le top20. Si ce n’est pas le cas, je prévois un change complet pour être peinard sur le marathon.
Dépose du vélo en T1, je croise ensuite Sophie une connaissance de Laurent. Coucou Sophie.
Ensuite c’est la routine, le repas du soir, je tape la discute avec mes voisins de camping, bonne ambiance. Ensuite je tente de me coucher, mais les espagnols se couchent pas si tot et font du bruit. Y a même un couple avec un bébé.
Je bouge le camion et trouve un spot encore plus près du départ et beaucoup plus calme.
Voilà c’est parti pour une bonne nuit de 6h.
Réveil à 4h30, j’avale mon gatosport et me prépare.
Je passe en T1 déposé mes affaires et je réalise que j’ai oublié ma puce et mes lunettes de nat dans le van.
Je tape un sprint pour les récupérer, cool ça me fait un échauffement. Je file ensuite à la flotte pour le départ.
Il me reste 10’ pour m’échauffer, parfait.
Je fais 100m puis tape quelques sprints, voilà, tout va bien.
Je cherche le phare de l’autre côté du rivage qui nous indique la direction, mais on l’aperçoit à peine. Une légère brume c’est installé sur le lac.
L’orga décide de décaler le départ, le risque est important d’avoir un gros brouillard sur le lac.
6h, le brouillard est installé, ce sera parcours de repli en 4 boucles pour 3000m de nat.
Dommage.
6h10 c’est le départ. Je suis à l’avant du peloton et feu.
Merci l’échauffement, je me sens bien direct, par contre ça me dépasse de tous les côtés.
Impossible de voir la première bouée avec le brouillard, mais on suit le kayak. Ah la voilà.
Ça vire et on suit une ligne d’eau jusqu’au rivage, là, première sortie à l’australienne puis on replonge vers une autre bouée et 2e sortie à l’australienne, là on traverse le ponton et c’est reparti pour un tour. 4x Au 2e tour je me retrouve dans un groupe de 10.
3e tour on est plus que 3
4e tour je suis tout seul.
Je sors de l’eau en 41’ pour 2.5km et 20e position. Correct.

Allez c’est parti pour la grosse balade à vélo dans les pyrénées. Les premiers cols sont faciles et assez court. Je suis un poil au dessus de l’intensité ciblé 240w au lieu de 235w, mais en dessous j’ai vraiment l’impression de me trainer. Il fait frais et grand beau, alors je laisse aller.
C’est vraiment superbe. Comme je roule tranquille, dans les bosses je peux me permettre d’envoyer des messages avec le tel. Et donc pendant toute la journée je vais faire un reportage live de ma course sur whatsapp pour la famille et les copains. Avec les encouragements en direct, j’ai moins l’impression d’être tout seul à l’autre bout de la france.
On passe rapidement au dessus du brouillard pour découvrir les montagnes ensoleillées.
Après 4 petites bosses, nous voilà de retour près du lac et on attaque la grande boucle. Et là on va commencer à attaquer des trucs sérieux.
Km 55 port de Paillhères 10km à 8%, je me fais pas mal doublé dans la première partie, puis les écarts se stabilisent, et je commence à reprendre du terrain sur la fin, je me dis qu’il y en a certains qui vont avoir des surprises en fin de journée.

La descente qui suit est rapide, très rapide, ça tape le 80kmh, whouhouuuuu.
1h de monté, 14min de descente et c’est reparti pour 40’ de monté.
Bim on tourne à droite et c’est parti pour le col de Pradel, pas le temps de s’ennuyer sur l’altriman.
La route est ombragée, j’ai rattrapé un concurrent et on grimpe au même rythme toute la première partie. Par contre il va lâcher du terrain sur la fin.
Je suis toujours bien et les bosses s'enchaînent autour de 230w comme prévu.
Maintenant on est parti pour 40km de descente, mais alors là attention, c’est pas de la descente rapide comme à Paillheres, là ça tortillonne, et cerise sur le gâteau, la route a été refaite à la française, une couche de goudron et un bon vieux gravillonnage par dessus.
Les premiers virages sont tendus, mais je prend rapidement le coup et je file à bon train. Je reprend un bon paquet de triathlète dans cette descente, ça fait plaisir :)
Tout en bas de la vallée, il commence à faire chaud, très chaud, je décide de revoir le plan de course, et de perdre 10w dans la prochaine bosse.

Le col de dent, c’est un peu le juge de paix de cette épreuve, si tu le passes pas facile, tu vas te péter les dents dans les dernières bosses. Bon sang quelle saloperie. C’est très exposé au soleil, et c’est raide. Ça tape le 10-12% tout le temps.
Les gars que j’ai grillé dans la descente me reprenne, mais ils ont pas la socquette légère. Et à mi pente, ils ne prennent plus d’avance, et je reprend même du terrain. Je fini même par en passer un, puis deux, et et 3 et 4, ouahhhh c’est bon ça.

Et voilà encore un col de passé et une grosse descente à nouveau. Descente dans la fournaise. Bon sang qu’il fait chaud. Le thermomètre s’affole et on s’approche des 40° dans le fond de la vallée. Et j’attaque maintenant le plus long col de la journée. 14km pour 800D+. Pas violent, mais dans les conditions de chaleur, c’est un coup de marteau.
Là j’abandonne tout idée de tenir un rythme, je me met en mode survie et je grimpe comme je peux.
J’aperçois une petite cascade qui coule sur le bord de la route, je descend du vélo et me douche intégralement. Ahhhh comme c’est bon. Mais voilà, encore 10 bornes à grimper.
C’est le moment de la jouer au mental. Je m’auto-convainc que j’aime faire du vélo dans le cagnard, que ce col est très plaisant, et ça marche. Le paysage est magnifique, et j’en profite.
Et voilà enfin le col.
Petite descente et c’est parti pour les 2 dernières réjouissances de la journée.
2 cols de 4 et 3km mais séparé d’une micro descente de 300m. Carcannières et ses 10% puis Hares 8%.
Rebelotte, je ne me pose même pas la question de l’intensité, de toutes façons mon plan de course est aux oubliettes depuis 3 cols, je sais que je vais prendre 1h dans la vue alors autant y aller tranquille et savourer ces jolis cols.
Tiens fini la canicule, le temps de finir la grimpette et il fait maintenant 20°, le ciel s’est couvert, les orages annoncés la veille pour 14h arrive enfin, mais pour 16h.
Ca m’arrange, courir sous la pluie moi j’aime bien.

Le vélo se termine sur un faux plat montant, sur lequel je remonte quelques coureurs, y a pas, moi c’est dans le 1-2% que je suis performant, au dessus, ma grosse carcasse me fait payer cher mon FTP.

Voilà la transition. Je pose le vélo et m’assied sur ma chaise. Comme je vous l’ai dit, plus de plan de course, le marathon je l’attaque en mode footing, donc je prend le temps de me changer intégralement.
Je me nok les pieds, change de chaussettes, short, t-shirt et coupe vent car j’ai peur de prendre froid avec la pluie.
J’hésite à manger une fajitas, mais finalement je pars sans, ce sera je pense ma grosse erreur de la journée.

C’est parti pour 5km de plat, le long du lac. Les jambes sont bien, ça déroule. 5’40 au kilo jusqu’au barrage, ça le fait. Je prend un gel juste avant la ravito, et je m’hydrate correctement avant de repartir.
Retour à la transition avant d’attaquer les 16km compliqué de ce premier semi. Je sens qu’une pause popo #deniscestpourtoi est nécessaire. Ca tombe bien y a des chiottes, à zut pas de PQ, heureusement j’en ai dans mon sac de transition et on a le droit d’y accéder à chaque passage.
Hop je fais mon affaire et c’est parti.
Mais au bout d’1km c’est la fringale, j’ai la dalle, plus de jus, ouh lala que c’est compliqué de courir. Je suis dans les champs, ça monte gentiment, mais ça monte. Qu’il est loin le ravito suivant.
J’y arrive enfin, tout sec. Et là c’est l’orgie, je tape tout ce que je vois. Fruits secs, noix salés, tuc, gateaux apéro, et coca, beaucoup de coca.
Derrière c’est parti pour la grimpette de 2km. Je commence à aller mieux et j’alterne course et marche rapide. Ca y est le jus reviens et je me sens de mieux en mieux. Quand j’arrive en haut, je croise le premier qui en termine. Je suis à 9km lui il est à 38.
Je profite du ravito pour refaire le plein en coca, je déconne avec les bénévoles puis repars. Ca cavale bien dans le faux plat descendant, et je reprend du monde, je croise maintenant ceux qui sont parti en même temps que moi en cap mais qui n’ont pas fait la pause popo, j’ai perdu 2km sur eux.
Je suis rapidement au dernier ravito pour le demi tour. J’arrive en levant les bras style j’ai fini la course, et là en se marrant ils me disent que non, j’ai encore le demi tour et un tour complet à faire. Rohhhh.
Allez hop coca et c’est reparti.
Bon la c’est faux plat montant, mais j’arrive à courir, et ça défile bien. J’ai plus de soucis de fringale, je sens bien que je suis limite niveau énergie, mais l’espacement des ravitos et juste bien, et je peux conserver mon rythme autour de 6’ au kil sur le plat.
Retour au ravito du haut, j’arrive avec un grand sourire et tout le monde m’applaudit, ça fait vraiment plaisir. Hop un coca et c’est parti pour la grosse descente. Là ça file, mais ça tabasse dans les cuissots, ça va faire mal au prochain tour.
Je retrouve le ravito qui m’a sauvé la vie tout à l’heure, les remercie chaudement, coca, tucs et ça repart.
Je passe le premier semi en 2h28. Je me dis qu’en faisant pas de pause popo sur le prochain je devrais pouvoir faire reverse split, je me sens pas fatigué et pense pouvoir tenir le rythme.
Mais sur le plat jusqu’au barrage, je ne suis plus qu’à 6’10 au kil, ca va être chaud de finir sous les 5h ce marathon, mais c’est mon objectif, alors je m’accroche.
Sur le retour barrage, je sens une belle douleur au genou droit, c’est le fameux syndrome de l’essuie glace, aie ça va piquer sévère pendant encore 17 bornes.
Je peux pas courir plus lentement pour éviter la douleur, et j’ai vraiment pas envie de marcher.
Si je sens la douleur maintenant, c’est que c’est mort, la tendinite est déjà installée, donc abandonné maintenant ne m’empêchera pas d’être out en cap pour quelques semaines. Alors autant finir. Et la marche n’est pas une option.
Je sers les dents, et je cours.
Je repasse en transition et j’attrape ma frontale. En théorie je fini avant la nuit, mais si je me prend un coup de bamboo, je voudrais pas être disqualifié car sans lumière.
Quand ça monte tout va bien, c’est sur le plat que ça fait mal, heureusement du plat y en a pas trop sur ce parcours.
Quand je rattaque la bosse de 2km, je décide de la passer en marche rapide, et bah je la passerai 20s plus vite qu’au premier tour où j’ai alterné marche et cap.
Le ravito du haut, à nouveau super accueil, je leur dit que c’est mon ravito préféré, même si je l’ai déjà dit aux 2 ravitos précédents :P
C’est reparti pour l’aller retour en faux plat. Je commence à doubler pas mal de monde, et j’ai repris tout ceux qui m’avait passé pendant la pause.
Dernière descente, ouh lala c’est dur. Maintenant les champs, et je me refais passer par 2 gars.
J’en double un mais il est dans son premier tour.
La nuit tombe, mais il fait encore jour quand j’approche de la transition.
J’entend la musique, le DJ, ça y est c’est l’arrivé, ouahhhh quel journée, quel belle course.
Je boucle le marathon en 4h56. Et je fini 31e.
Pas mal pour un triathlon en mode ballade. M’enfin je vois pas comment j’aurai pu faire beaucoup mieux si j’avais “attaqué”
On me remet ma médaille et ma veste de finisher, comme a l’utmb.
Le ravito d’arrivé est bien achalandé, y a même des pizzas.
Le DJ met une ambiance de folie, et je reste là une bonne heure à voir les arrivées.
Je file ensuite au camion attrapé une serviette et je me baigne dans le lac pour me laver, pas de douche sur le site.
Je retourne ensuite à l’arrivé dégommé des pizzas en accueillant les autres concurrents et en profitant des bières qui me sont offertes.
Vraiment super ambiance sur cette course, et belle organisation. Ca vallait le coup de faire le déplacement.