Celtman 2018 vu par mon support crew

En attendant mon CR perso (qui est presque fini) voici déjà l'histoire raconter par Nico, le pilote de choc de notre aventure.

Celtman 2018 : Support Crew

Un petit peu de contexte comme toujours pour ce genre de récit : je n’ai pas fait cette course. En tout cas pas en tant qu’athlète. C’est mon ami Tom qui m’a embarqué dans cette histoire et ce texte sera sur sa course mais vu à travers le prisme de mon job sur la course : support crew.

Alors allons-y pour les définitions : Le celtman c’est quoi ? selon le site http://cxtri.com/ c’est un “Extreme scottish triathlon”. Ca ne veut pas dire que les gens courent en tartan bourré au whisky single malt, c’est le triathlon qui est extrême, pas le scottish. Tom est un pote/collègue/voisin depuis plusieurs années et il est grandement fautif de ma pratique sportive, qu’on qualifiera d’intensive, de ces dernières années. Bref si je me suis mis au vélo c’est à cause de lui. Parce qu’il n’a pas tendance à rester assis le week-end l’ami : 1er iron man en 2013 à Nice il en a fait un certain nombre depuis et notamment l’alpsman à Annecy et l’evergreen (Chamonix) deux fois. Et c’est cette deuxième fois qui compte pour l’histoire. Les conditions de cette seconde édition étaient épiques : de la pluie froide en haut du col de la colombière (1613m), une course à pied raccourcie parce que de la neige sur le trail. Et avec tout ça, il fait une super course et il termine 6e et 1er de sa catégorie d’age. Donc en toute logique (non, c’est pas logique du tout, cherchez pas) il cherche un triathlon XL qui lui permettrait d’exprimer ce talent pour les temps tout pourri (c’est un velotaffeur aussi, je suppose que ça aide à bosser le mental quand les conditions sont rudes).

Donc le voilà inscrit à la loterie pour les inscriptions, car les places sont limités (~250) et il y a un tirage au sort à “gagner” pour pouvoir participer. Et il gagne. Et c’est là qu’il faut expliquer une règle particulière des triathlons de la gamme Xtri : un triathlon classique il y a T1 (Transition entre nage et vélo) et T2 (transition entre vélo et course à pied). Sur les Xtri il y a T2A : un tournant dans la course : pour le cetlman : tout ceux qui rejoignent T2A (après 17km de cap) en moins de 11h peuvent prendre la “upper route” qui grimpe une montagne et seront “top finisher” et donc classé avant tout ceux qui arriveront après et prendront la “lower route” et seront “lower finisher”.

Et pour le celtman : il faut obligatoirement un “support runner”, un coureur qui accompagne pendant la partie montagneuse de la course à pied et une voiture suiveuse pendant le vélo car aucun ravitaillement officiel. Donc Tom demande à moi, Michael et Massimo qui veut venir faire l’andouille en Ecosse avec lui. Et je dois reconnaître que je ne me rappelle plus trop les conversations mais : moi je cours beaucoup trop doucement pour Tom et Michael n’a pas le permis… bref, à deux on doit pouvoir monter un support crew correct pour la course. Et nous voilà engagés tous les trois dans l’aventure.

Tom s’occuper de planifier tout le voyage et on discute deux semaines avant après un petit entrainement course à pied pour savoir de quoi il a besoin quand et comment ça va se passer. Le voyage s’annonce un peu roots : on prend l’avion pour Edimbourg et ensuite on loue une camionette amenagée en camping car et on monte à Torridon (Shieldaig precisement) et on a 3 nuit de campings avant de revenir à l’hotel à Edimbourg. 3 mecs dans un camion ça s’annonce dejà comme un festival des sens mais Tom reçoit un mail qui annonce que le site de camping ne disposera pas de douches mais il y a un bloc de toilettes public à proximité. Bon ben ça va être roots…

On décolle le mercredi avec le velo de Tom dans une boite de 30kgs et le voyage se déroule sans encombre. Tom remonte son vélo dans la chambre d’hotel et va chercher le camion avec. Jour de grand vent, il galère un peu pour y parvenir mais récupère le camion et je rentre en action : conduite à gauche…
Les premières manoeuvres et les carrefours pour sortir d’Edimbourg me font un peu transpirer mais on attrape l’autoroute et des grandes routes nationales dans un état lamentable et on mange les 4 heures de trajets en s’extasiant de plus en plus sur les paysages au fur et à mesure du trajet.

Et on arrive sur le site du camping. Et c’est beau : la montagne d’un coté le loch (dans lequel Tom va nager) de l’autre.
On regarde un peu ou on va poser le camping car : bon en fait de camping c’est un champ de mouton… et c’est donc miné.
Y’a pas mal de vent donc on cherche un petit peu d’abri derrière un bosquet et on gare le camping car. Montage de tente et on va voir un peu comment c’est grand shieldaig (ça ne l’est pas).
On boit un coup dans le troquet ouvert et commence le jeu de repérer qui va faire le celtman (facile, c’est celui qui boit pas de bière).
Tom discute avec un suisso-espagnol, avec ce joyeux jeu de menteur de dire ce qu’on a dejà fait comme tri extreme pour se la péter tout en restant modeste.

Retour au camping, on mange dans le camion sans trop en foutre de partout (trop de vent pour dehors),
je me cogne la vaisselle dans les chiottes public et on passe en mode nuit. Michael me laisse la couette pour pioncer parce qu’il a son sac à viande (et il le regrettera en se pelant la moitié de la nuit).
Le lit étant un peu petit je me glisse dans mon duvet quand même. Perso je dors super bien, c’est calme et même si le jour se lève tôt au final je me repose bien.
Petit dej dans le camion et on range un peu pour aller faire l’inscription et le kit check à Torridon.
C’est reglé en peu de temps alors on en profite pour squatter une douche sur le campsite de Torridon.
C’est une véritable douche ecossaise alternant le froid et le brulant. Bon, au moins on est propre.
On retourne faire la popotte à shieldaig et il fait meme suffisament beau pour qu’on mange dehors. Bon… seulement la moitié du repas parce que : 1- il se met à pleuvoir au bout d’un moment 2- Notre batterie de cuisine étant très limité, une casserole de taille moyenne et une poele moyenne aussi on est obligé de faire cuire les aliments en deux services, surtout qu’il faut qu’il y ait à manger entre Tom et moi. (roots on vous as dit).
On a un temps mort avant le race briefing de 16h, du coup je me deguise en courir et je vais faire un petit tour de course à pied sur la peninsule de Shieldaig (pas le temps de chercher le chemin pour monter sur Ben Shieldaig) (https://www.strava.com/activities/1646659092 ). J’ai rarement autant compris le sens de l’expression “paysages à couper le souffle” : c’est incroyablement beau.
J’ai une météo clémente, la mer et les montagnes et je croise environ 3 personnes (sans compter les albatros qui couinent au dessus de moi).
Je rentre juste avant la pluie (donc oui, on a mangé, il s’est mis à pleuvoir, je suis parti courir il faisait beau et je suis rentré il pleuvait… L’écosse… )
et je croise Denis qui est venu dire bonjour et faire un contrôle du vélo par Tom. On range le camion et on va le retrouver au briefing.
La salle est petite pour le briefing donc il est fait en deux temps.
Le sketch des organisateurs est relativement bien rodé, y compris les vannes mais faut quand même s’accrocher sur l’accent scottish. Un petit vent de panique dans la salle quand ils parlent du parcours entre T2 et T2A qui fait “about 20km”. Denis a un plan de course qui prend en compte 17km (comme annoncé) donc si c’est 20, c’est mort pour le top… Plusieurs personne demande le kilométrage précis et l’organisateur reste vague mais précise que pour lui 17km c’est “about 20km”. Denis a donc la meilleur répartie en demandant si du coup le cutoff pour t2a c’est “about 11 hours”. Au final, le kilométrage annoncé est bien le bon, 17km. Pour le reste rien de spécial, un aperçu des règles qu’on a déjà lu, quelques warnings sur les routes, (notamment la dernière descente regravilloné 3 jours avant… woupi). Point météo : ca semble etre pas trop mal pour le lendemain.
Une fois le briefing fait on retourne à Shieldaig, le campsite s’est bien rempli, un bon nombre de gros bahut se sont entassés dans le champ.
On attaque la préparation de la bouffe de course pour l’athlète, un jerrican d’agave citron (quasi 5litres) et les fameuses fajitas de Tom.
On se fait la bouffe en 2 services, on arrive au bout du gaz sur un réchaud… merde, va falloir faire gaffe pour en avoir demain pour du thé à la sortie de l’eau pour Tom.
Et puis on se prépare à aller se coucher assez tôt parce qu’on met le reveil à 3h du mat’ (le départ de la course est à 5h mais les bus emmenant au départ sont à 4h15). Ca papote “assez tard” (genre jusqu’à des 21h-21h30… ) dans le camping mais j’arrive à m’endormir rapidement.

RACE DAY !

Le reveil sonne tôt… très tôt. Tom est rapido sur le pont et file aux chiottes (alors oui c’est un détail trivial mais il a son importance pour le reste du récit). On lui fait chauffer un thé… plus de gaz au milieu… Bon, le thé ce matin ça ira mais pour T1 va falloir trouver une solution.
Tom prend son petit dej.
Il fait dejà jour et un temps superbe, pas trop de vent et peu voire pas de nuage à l’horizon.
Le vélo est prêt, Tom se met en combi et on descend à T1 poser le vélo.
Ce petit village est envahi par les athlètes et leur support crew et il y a une jolie arche à la sortie de la nat’.
On installe les quelques affaires pour T1 et on se dirige vers les bus pour le départ.
On retrouve Denis et Claire et Tom et Denis s’embarquent dans les bus.
Michael et moi on range le camion, on déplie la tente et on mange un petit dej. il est 4h15 et on a juste à être prêt à partir dès que Tom sera sur le vélo pour le rattraper en route sachant qu’en gros on va avoir du mal à doubler les cyclistes sur les 30 premiers kms (route à voie unique avec des passing places). C’est d’ailleurs une de mes hantises : avoir assez de marge pour rattraper Tom, parce qu’on va pas aller beaucoup plus vite que les cyclistes sur cette première partie ou les dépassements sont difficiles. Je me rassure en tant que chauffeur en me disant que puisqu’il nage pas trop mal je ne devrais pas avoir trop de cyclistes à doubler.
Nos voisins monégasques nous font chauffer de l’eau et on stocke du thé dans un bidon isotherme. On est prêt assez tôt à prendre la route et on se retrouve à scruter depuis la petite colline du camping les nageurs au loin en gardant un oeil sur la montre. 1er apprentissage : une paire de jumelles c’est indispensable dans l’attirail support crew. Quand ça se rapproche un peu on commence à distinguer les groupes. Tom est bon nageur, sur le papier il devrait sortir dans les premiers groupes de l’eau. Je me rapproche donc de la sortie de la nat’ pour guetter.
Le 1er arrive avec une sacrée longueure d’avance sur le reste, un groupe de 3, deux autres groupes de 4-5 et comme prévu le voilà qui sort de l’eau avec la banane habituelle.
Je trottine avec lui jusqu’au vélo, je l’aide à virer la combi, les chaussettes etc. Il se rhabille rapidement, un petit coup de thé chaud et il enfile la bache pour se réchauffer rapidement sur le vélo et il est parti…
pour les chiottes…
Visiblement l’eau froide ça fait travailler… je range tout le matos avec Michael et je me dirige vers les chiottes pour mettre le vélo dans le bon sens… Michael comme moi on voit passer ce qui nous semble 5000 personnes sur les vélos (qu’il va donc falloir probablement dépasser pour nous… ) et finalement il sort des chiottes et zou c’est parti pour lui pour 200km de vélo. Parfait on va suivre rapidement derrière alors avec Michael. Sauf que… zut, le sac que Tom a emmené au départ, il faut que je le récupère… je cours donc jusqu’à la sortie de l’eau pour le reprendre et retourne vers le camion.
Au passage, je vois Denis qui est seul sur T1… Claire n’est pas avec lui, elle a du le louper à la sortie de l’eau, je l’aide à virer sa combi et les chaussons et pendant qu’il se sèche je cours la chercher à la sortie de l’eau (on se rend pas compte mais il y a bien 200m entre la sortie de l’eau et les vélos de Denis et Tom qui étaient quasi à la sortie de T1).
Je laisse Denis avec Claire et je remonte au camion et moteur…

Vélo
On sort du camping, et on commence à remonter les cyclistes. Evidemment on est loin d'être tout seul sur le chemin, il y a un petit convoi de voitures avec portes velos et camping-car devant nous. Les 10 premiers kms sont à double voies donc on double une bonne quantité de vélo avec Michael qui essaie d'être attentif à voir si on dépasse Tom. Et deuxième apprentissage : On est infoutu de savoir comment il est habillé. Il est parti avec la bâche mais il est quasi certain qu’il l’aura enlevé rapidement. Il doit avoir son maillot vert mais on n’est pas sur. Le support crew doit savoir reconnaître les vêtements de l’athlète : quitte à faire une ou deux photos la veille. Ca nous aurait grandement aidé en tout cas.
On rejoint Torridon et on attaque les 15km de voie unique en direction de Kinlochewe (à prononcer KineLoqueKiu (ça m’a surpris au briefing)). On arrive à doubler un ou deux vélos de temps à autre mais dans l’ensemble on remonte au rythme d’un ou deux cyclistes. Pas de Tom en vue. On arrive sur la grande route (à ce qui sera l’arrivée du Vélo) et on continue de remonter, toujours pas de Tom… on se demande vraiment si on l’a dépassé sans le voir. Bon y’a un petit déj prévu pour le support crew dans un pub au km50, il y a un live tracker disponible là bas, alors on file en se disant qu’on le verra. Et là on le rattrape !
Encouragement à travers la fenêtre du camion il a l’air pas mal et ça file. On avance et il y a vraiment pas grand monde devant lui… C’est cool, pour son classement certes mais ça nous fera aussi moins de monde à doubler !
On s’arrête à Gairloch, petit dej’ anglais : Bacon & Oeufs & beans. On voit sur le tracker qu’il vient de passer. Bon le tracker a un peu de retard alors on se met en route. Et là on se prend un coup de stress, on a 20km pour le rattraper, le dépasser et trouver un endroit pour le ravitailler. Sauf que la route est pourri, étroite et pleine de cyclistes et de gros camping car. Je conduis un peu stress, parce qu’on commence à voir qu’on va être juste au niveau du timing par rapport au kilometrage prevu pour le 1er ravito. Michael commence un taf qu’il fera tout le reste du parcours vélo et qui se revelera absolument indispensable (ou tout du moins d’un grand confort pour le chauffeur) : le copilotage pour savoir ou on se trouve sur le parcours en terme de kms pour respecter ce qui a été convenu avec Tom : il se sert de la page du race manual avec le profil de course et du gps de son téléphone. C’est vraiment la raison pour laquelle il faut être deux pour le support crew. On parvient à doubler Tom, on lui dit qu’on se gare dans les 5kms qui viennent. On trouve un petit parking en haut d’une bosse et on zieute pour le voir arriver. Il s’arrete sur le bord de la route et on lui change le bidon agave/citron. Il nous dit qu’il n’a pas touché au bidon d’eau.
Tom nous demande aussi de préparer ses jambières pour les prochains arrêts, il a pris une première sauce en venant et il fait pas super chaud (9-10°C a ce moment là) et il repart. Le bidon qu’il nous a rendu n’est vide qu'à moitié. On tique un peu avec Michael, 70km de course, il a beau ne pas faire chaud ça ne fait vraiment pas beaucoup de bu. On refait le bidon pour qu’il soit prêt, on remballe et ça repart.
En le doublant, Michael lui gueule de boire entre autres encouragements.
A partir de là on va être moins stress, les coureurs se sont etalés et Tom est plutot dans le groupe de tête donc on aura juste quelques coureurs avec qui on va jouer à saute mouton tout le reste de la journée.

On avance donc un peu plus loin et on attend Tom dans une montée. La météo commence à se détériorer et on l’attend sous une espèce de bruine qui sans être la grosse pluie, détrempe tout quand meme. On voit passer Craig qui a une roue lenticulaire et qui est impressionnant à l’emmener dans cette bosse. Tom arrive, on lui passe une banane en vol et on se remet en route. On le redouble et il nous gueule qu’il n’a pas de chambre à air sur lui. Ah oui, ça peut etre embetant en cas de crevaison ça. Et peut être un autre truc à améliorer : Tom a préparé ses affaires un peu trop tout seul en ce qui concerne l'équipement du coureur. C’est certes le plus expérimenté mais un truc comme ça je pense que j’aurai pu le voir plutôt que de le laisser gérer seul. Ca fait pas de mal un petit check par d’autres yeux. Du coup on s'arrête 3 bornes plus loin et on lui passe une chambre à air.

On se remet en route et on vise le prochain stop convenu c’etait un simple check en haut de la montée pour que Tom puisse éventuellement se rhabiller avant la descente. On arrive à un espèce de col après une montée assez costaud. Michael continue le copilotage pour me dire quand chercher à m'arrêter et j’insisterai jamais assez sur le confort que ça représente. On s’installe sur un petit parking avec 2-3 autres voitures de support crew posé là. Notamment le 77 qui est français et qui se revelera être le support crew de Sebastien avec qui Tom a pas mal roulé et qui le connait de l’evergreen.
On discute un peu avec les gens présents, on s’abrite de l’averse et on guette depuis un promontoir à coté si on voit notre coureur. Tom arrive, il est en monté donc ça n’avance pas très vite et je lui propose tout ce qu’il faut : eau, vetements tout ça… il me dépasse, se retourne pour attraper un bidon et s’en met une… merde… j’ai vraiment la trouillle qu’il se fasse mal et/ou qu’il casse un truc sur le vélo, j’essaie de l’aider à se relever mais ça va il a l’air d’aller bien… il choppe le bidon et il repart aussi sec, il n’a besoin de rien.

Bon à ce moment là je suis pas bien, j’ai un peu peur d’avoir été le coéquipier de la loose qui le fait tomber au ravito… il me rassurera plus tard en m’expliquant qu’il a la main dans le gant trempé qui a glissé sur son guidon mouillé (je vous ai dit qu’il s’etait mis à pleuvoir ?).

Cet arrêt etait le dernier avant la fin de la grosse montée et la suite est une descente de plusieurs kilomètres. Le prochain stop prevu est beaucoup plus loin (+50km) mais j’insiste auprès de Michael pour attendre vers la fin de la descente, la route est bonne et on peut doubler les autres coureurs. Maintenant il pleut pour de vrai, la descente est vraiment trempée, j’ai les essuies glaces qui tournent à plein (le fameux syndrome ? ;)), je met les phares et j’essaie de pas rouler dans les flaques quand je double les autres coureurs. Je trouve un parking au bas de la descente et on attend de voir passer the athlete. On a commencé à bien repérer les quelques coureurs devant lui ce qui nous permet d'évaluer un peu mieux quand est-ce qu’il arrive.
Quand il arrive il nous fait des grand signes : et il s'arrête près de nous. Il veut les jambières, la pluie, les 8-10°C ambiants et la descente ont eu raison de sa résistance au froid. Encore un autre truc : on aurait dû insister beaucoup plus au col pour qu’il mette les jambières. Je pense que Michael comme moi on n’a pas osé être un peu plus insistant mais pour le coup c'eût été plus sage de remettre un vêtement avant la descente. Je l’aide à les enfiler… l'état de détrempage du cycliste est déjà bien violent et on est encore sous la pluie (ah l’été en Ecosse, c'était ce matin).
Il repart, double un américain au premier virage et il attaque une grande partie sur une grosse route. Il pleut fort maintenant et il y a du vent. Ca n’a pas l’air d'être la partie qui va être la plus simple. La route est passante et large mais la météo commence à être vraiment pourrie. On va jusqu’à un barrage et on se met en attente. Ici aussi les jumelles auraient pu être utiles.
On voit arriver les différents coureurs, d’autres équipes de support s’installent à côté de nous. Il y en a une qui a une banderole “Serious Support” qui me fait bien marrer. On a des nouvelles de Denis via le whatsapp : il est derrière et c’est pas évident du tout visiblement il a un peu froid. Claire à l’air de l’attendre à l’autre bout du Loch ou on se trouve.

Tom débarque devant tous trempé, visiblement c’est la partie où c'était pas simple vis à vis du vent et de la pluie. Il change un bidon et on essaie de lui dire qu’il faut boire : vu ce qu’il a pissé il nous certifie que ça va. bon ok. On lui refile des fajitas, il en descend une sur place et il repart. On se prépare à le revoir encore une seule fois avant l’arrivée. On prend le virage à droite du parcours.

Là il y a une petite route sur plusieurs kilomètres et puis la descente sur kinlochewe pleines de gravier et de grilles à bétails. On trouve un endroit ou s’arreter avec assez de visibilité on fait les bidons et… ben on attend… On encourage une énième fois les quelques coureurs qu’on a doublé sur tout le parcours. Michael les a applaudis à chaque fois qu’on les doublait. Ca avait l’air de leur faire plaisir : Craig nous as répondu un truc du style “It’s a loooong way” (au km175) et Renaud le monégasque nous as demandé des nouvelles de Tom. Bonne ambiance quoi.
Derniers bidons echangés, Tom à l’air vraiment bien, stop express et on se met tous en route pour T2.

T2
On file vers Kinkochewe et je me gare conformément aux instructions. C’est à 300m de T2 donc on prépare les affaires et Michael décide de se changer pour la course à pied. Ca commence à l’inquieter un peu et l’angoisse de pré-course commence à se faire sentir chez lui. J’embarque donc toutes les affaires et je me met en route vers T2.
Bon donc, en fait T2 c’est très technique : c’est un champ. trempé. limite marécage. ok. J’essaie de trouver un petit coin à peu près sec et j’abrite comme je peux les affaires (parce qu’il pleut, enfin, il pleut toutes les 10 minutes). Je vois d’autres support crew avec des chaises pliantes. Et c’est ça que j’ai pas pris : prévoir une chaise pliante pour les transitions surtout quand il y a du changement de fringue et chaussures de prévu. Un autre truc : une bache (même petite) aurait été pratique pour cette transition.
Michael me rejoint, on discute un peu avec le bénévole de T2 qui est français et triathlète et qui vit à Edimbourgh. On voit passer un ou deux coureurs qu’on a déjà doublé et voilà Tom !
Michael attrape son vélo, Tom rentre dans le champ de transition (sic). Il se change complètement mange un petit morceau, boit un coup et une fois sec le voilà reparti. Il nous semble aller bien. Prochain rendez-vous avec lui à T2a à 5km de là. Tom à 17km de montagne à parcourir, donc au minimum 1h30 mais ça serait plutôt 2h.
L’organisation a insisté sur le fait que T2a est un petit endroit (et on l’a vérifié la veille de la course) et que les coureurs ont 17km à faire alors que les véhicules de support ont seulement 5km. Il est donc inutile de se dépêcher d’y aller selon les instructions de l’organisation.
On fait un peu les maths de courses, Tom a plus de 2h30 pour faire 17km et passer le cutoff pour TopFinisher. C’est plus que tranquille, il a fait un excellent vélo un poil au dessus des previsions en 6h45 et il passe T2 dans les 15-20 premiers. On sait que c’est sur la course à pied ou il va perdre des places mais c’est quand meme de bonne augure pour la suite.

Il est environ 13h, on décide d’aller manger dans l’auberge du coin après avoir rangé les affaires et le vélo dans le camion. Celui-ci commence d’ailleurs à être un merdier sans nom.
Un truc qui a manqué, mais qui est aussi du au voyage en avion : des caisses pour ranger les différentes affaires à sortir aux différents moments de la course.
On s’installe pour manger et Michael commence à stresser : est-ce qu’on sera à temps à T2a? Il demande à la serveuse si ce qu’on mange prend pas trop longtemps. J’essaie de le calmer un peu en disant qu’on a le temps. Mais entre l’angoisse pré-course, il a pas envie de foirer la course de Tom (j’essaie de le faire relativiser sur le fait qu’il a dans l’absolu un niveau de course à pied plus élevé que Tom et qu’en plus ce dernier vient de se cogner 200km de vélo) mais le fait qu’il n’ait pas pu s'entraîner comme il le voulait depuis le début de l’année l’inquiète je crois. S'ajoute le fait qu’il a vu les autres équipes de support filer rapidement à T2A après avoir fait T2 alors que leur athlètes est arrivé après Tom à T2. Il est en mode ou il a vraiment la trouille qu’on ne puisse pas se garer là bas. J’essaie de temporiser un peu mais bon, on file quand même vers T2A assez tôt. Ironiquement pour la panique de Michael, on se retrouve à se garer à l’une des meilleures places de la transition (une des plus proches). Je prends tout ce qu’il faut pour faire une transition (y compris la chaise pliante cette fois). Les gourdes, à manger, tout ça. Et… ben on attend. La météo s’est un peu calmé, il fait gris et frais mais il ne pleut pas. Le masque tombe sur la face de Michael. Il stress vraiment.
Je m’en amuse gentillement pour essayer de dédramatiser et le mettre en confiance (parce que j’ai aucun doute sur ses capacités) mais ça ne marche pas bien. Après moult tergiversations (on parle des 30 derniers km du vélo et de tout T2) Michael a choisi de s’habiller en long et vu la météo sur la montagne il semble qu’il ait bien fait : on voit un nuage bien accroché. On échange sur whatsapp avec ceux qui suivent de loin l’aventure mais il y a très peu de reseau. On n’a aucune idée d’ou peut en etre Tom et pas de visibilité au loin depuis T2A. On voit arriver des coureurs qu’on a dejà vu sur le vélo mais Tom doit être “lent” sur la cap. Michael est de plus en plus silencieux. Il part s'échauffer un premier coup en direction de là ou doit arriver Tom et revient sans l’avoir vu. Massimo nous met un message pour nous dire qu’il n’est plus très loin selon le live tracking et on reçoit un message de Tom qui annonce 15k. Michael bascule en mode course : il file s'échauffer pour le rencontrer et revient avec lui à T2A. Je choppe son sac, il fait l’inspection médicale (2 min de pause obligatoire pour tout le monde). Michael fait faire la verification des deux sacs, je refais le plein des gourdes de Tom. Et ils sont partis dans la montagne. Ils attaquent par une grosse montée directement.

Je remballe alors que quelques gouttes commencent à tomber et je vais dans le camion. Ils en ont pour 17km de montagne, avec plus de 800D+ et j’ai 3km à faire jusqu’à la T2B (la sortie de la montagne avant les 9 derniers kms) ou je peux encore les ravitailler. C’est le moment ou je sais que j’en ai pour plusieurs heures à poireauter. Je gare le camion à environ 10m de T2b là ou tout les “low finishers” vont passer pour entrer dans la montagne et tous les top finisher vont en sortir. J’ai une place en or pour avoir une vue sur la course en fait. Tous les athlètes vont devoir passer devant moi. J’arrive à me débrouiller pour chopper de la 4G donc je raconte beaucoup de connerie sur le groupe whatsapp et je check le live tracker régulièrement. La pluie se met à tomber… de plus en plus fort et c’est une vraie sauce qui tombe pendant un long moment. Ils doivent prendre cher en haut de la montagne.
Il est environ 16h, j’en ai pour un bon moment à les attendre. Je vois passer les premiers low finisher mais on est avant le cutoff. Ils ont du le raccourcir à cause des conditions parce que c’est trop tôt pour le cut officiel. J’ai eu quelques nouvelles de Denis qui est trop loin pour faire top finisher. Il a visiblement pris froid sur le vélo. Ils devraient passer devant moi dans un moment. Je les vois arriver avec Claire et ils s’engagent dans la montagne.

Après une interminable attente, je commence à voir arriver les premiers top finisher. Ca va vite… et ils sont très éloignés les uns des autres. J’informe les gens sur le live de qui je vois passer, je me sens un peu seul, mais visiblement y’a pas mal de gens qui lisent mes conneries. En regardant le tracker je vois que ça ne progresse pas très vite… ça doit être sacrément technique comme terrain. La pluie se calme au bout de 2h et je vais taper la discut’ avec les autres support crew qui attendent dans le coin. Quand je vois que ça se rapproche je monte une petite transition avec de l’eau pour les 2 coureurs, Michael a prévu de continuer jusqu’au bout et même une chaise (j’ai appris depuis T2).
Je vois arriver Renaud le monégasque, il est le 10e à sortir de la montagne, son support runner l’a devancé de quelques centaines de mètres pour dire à sa femme et sa famille qu’il n’est pas très bien. Je le vois s’asseoir et grimacer de douleurs. Il semble avoir pris froid et avoir des problèmes d’estomac. Après un moment il repart. Sa famille à l’air confiante sur le fait qu’il va finir.
J’attend encore dehors en me faisant bouffer par les midges. Je tape la conversation avec un autre bénévole français et avec le support crew de la 1ère féminine. Voilà d’ailleurs les deux premières femmes qui sortent de la montagne. Selon le tracker mes 2 coureurs devraient pas tarder et les voilà !! J’arrive à faire deux photos.
Ils refont leur bidons, Tom se précipite aux chiottes (j’avais prévu le PQ pour la transition, je vous renvoi à son compte rendu pour comprendre pourquoi j’avais prévu).
Je refais ses gourdes, et je vide son sac pour qu’il continue plus léger. Idem pour Michael qui dump pas mal de choses. Ils ont ce qu’il faut en bouffe et en eau. Tom me demande un t-shirt sec. Ben j’ai pas… encore un apprentissage : toujours avoir un change complet en cours ET en long aux transitions. S’il faut que le coureur se remette au sec c’est assez important. Le camion est à côté mais le temps de chercher ça va être trop long, alors les voilà repartis sous un rayon de soleil mais en direction d’un rideau de pluie qu’on distingue en direction de Torridon. Selon mes calculs ils sont dans le top 20 mais ceux-ci s'avèrent faux. Je remballe et je vais en direction de torridon. Je dois les doubler normalement mais je met un temps surprenamment long pour les rattraper. Certes cette portion est en descente mais ils sont pas en train d’enfiler des perles. Quand je les dépasse ils ont repris 2 autres équipes et sont en route pour en gratter d’autres. Je m'arrête sur le bord sous une pluie battante pour balancer un message sur le whatsapp et je file à l'arrivée. Je choppe une place sur le parking derrière la salle des fêtes qui sert de lieu d’arrivée pour la pasta party.
Et, guess what, j’attend qu’ils arrivent. Je les vois passer sur la portion sous le village et ils font la dernière boucle et franchissent la ligne avec un sourire pas possible.
Michael a retrouvé une grosse patate et Tom termine en moins de 15h une grosse journée !
Je fais l’interview d’arrivée histoire d’immortaliser l’instant :)
Ils filent se changer dans le camion et se sèchent avec les moyens du bord et on va chercher de quoi manger et boire un coup dans la salle des fêtes.
Au milieu du repas on voit arriver Denis et Claire en mode éponge. On sent poindre un gros amour pour l’Ecosse de la part de Denis : Je découvre des adjectifs et jurons intéressants.
Ils se joignent à nous pour manger et on prend le temps de manger et boire une bière jusqu’à quasiment 22h.

Le plan c'était d’aller au campsite de torridon mais on a tous une énorme flemme de faire le kilomètre qui nous en sépare en camion, sachant que le campsite a surtout l’air d'être un gros marécage plein de moustique. Une décision collective nous fait rester sur le parking (on sera les premiers au brunch!). On sort toutes les affaires pour mettre camion en mode nuit. On se couche vers minuit, même pas eu besoin d’allumer une lampe, il fait encore suffisament jour.
Le lendemain matin, Tom, faisant preuve d’un optimisme forcené tente de faire sécher des affaires sur une barrière de ville trouvée sur le parking (entre 2 averses donc).
On mange un bout et on assiste à la remise des prix, Tom récupère son t-shirt bleu et fait la séance photo finisher avec Denis et il est déjà l’heure de se mettre en route pour Edinburgh. Fin de l’aventure écossaise.
En guise de conclusion, j’ai trouvé ça assez intéressant comme aventure. C’était évidemment super sympa d’aller en Ecosse avec les copains mais j’ai quand même un peu appris plein de choses au niveau de la course et de la préparation.
Tom commence à avoir une certaine expérience de course donc il a des automatismes que j’ai pu voir en oeuvre. C'était aussi instructif de se placer en support/coach pour essayer de faire en sorte que le coureur soit dans les meilleurs disposition et estimer les choses. Un vrai taf d'ingénieur pour essayer d’anticiper et contrôler le plus de choses possible tout en étant capable de s’adapter et d’improviser au bon moment. Par contre, c’est indispensable de bien connaître l’athlète et son support crew et d’avoir une bonne confiance. On aurait probablement pu planifier et anticiper un peu plus de choses mais on avait dejà couvert toute la base de la bonne façon ce qui a pu, en tout cas, donner toutes ses chances à Tom sur le vélo.