Alpsman 2017: la course à pied

J’entre en T2, je cours en poussant mon vélo, mes jambes me portent, c’est déjà ça :)
Je pose mon vélo, enlève mon casque, et trottine vers la tente.
Mon sac est là, dispo sur un banc, ils sont vraiment bon côté orga.
J’enlève mon maillot de vélo, j’ai plusieurs choix pour le tshirt, vu la chaleur, je choisis le débardeur compressport super aéré.
J’enfile mes baskets, pose le buff sur la tête et c’est parti.
Moins de 4’ de transition, c’est bon ça.
J’arrive au ravito et je vois l’horloge de course: 9h10 de course J’ai 20’ d’avance sur mon plan à 10kmh sur les 25 bornes. Ca va le faire. Je me gave de pastèque, pas beaucoup d’energie, mais qu’est ce que c’est rafraichissant!
Je décide de prendre encore 2’ pour changer de short, pour être vraiment à l’aise.
Donc en face du ravito il y a la tente avec les sacs perso “esplanade”, j’annonce mon numero, on me donne mon sac, j’y trouve un short sec. Allez pas de chichi, je me met cul nu devant les bénévoles et me change. Je rend mon sac, glisse le téléphone dans ma poche arrière, et file.
Je ne regarde pas la montre pendant les premiers kilomètres, je me laisse trouver un rythme qui me convient, j’aviserai ensuite si il y a besoin d'accélérer.
Après 2km, je tourne à 5’11 en instantané, c’est super rapide. Je vérifie le cardio, 152 c’est parfait. Je prend la décision de ne me fier qu’au cardio et de rester à 152 sur ces 25km. En théorie ma vitesse va décroitre progressivement, mais ça devrait rester sous les 5’45 jusqu’au bout.
J’arrive au premier ravitaillement, un verre d’eau sur la tête, un quartier d’orange et un verre de coca. Il faudrait que je mange mais rien ne me fait envie.
Je me sens bien, je file.
Après le ravito la moyenne est à 5’45 puis ça redescend. J’attaque alors la partie bien dur de ce parcours, 500m sur la piste cyclable le long de la départementale, en plein soleil. C’est tout droit, c’est très chaud, c’est très dur.
Je me fais dépasser par les grimpeurs que j’avais semé à Leschaux. Ils courent super bien, sous les 5’.
Derrière moi il y a Mohamed, il va me dépasser un peu plus loin pendant une pause pipi. Je vais le garder en ligne de mire pendant un bon bout de temps.
Ensuite arrive la partie ou l’on croise ceux qui sont dans leur 2e km, et là je vois Yann, on s’encourage, rapide calcul et j’estime qu’il est 10’ derrière moi, ça peut le faire pour le tournant, faut pas qu’il faiblisse. Je cherche Massimo derrière lui, mais quand la route s’écarte de la zone de croisement je ne l’ai pas vu.
Au 2e ravito je le rattrape et il me propose de m’attendre, je lui dit que non, j’ai besoin d’être dans ma bulle et de prendre mon temps au ravito.
Je me verse à nouveau un verre sur la tete, rince bien le sel qui se colle sur mon visage, mais ne trouve rien à manger qui me conviennent. Ouille ça risque de devenir problématique.
Je repars moyenne à 5’45 aprèsle ravito, puis ça redescend. Les jambes sont niquels, aucune douleur, pas de fatigue, je sens que je vais faire ces 25km sans soucis, même si je n’arrive pas à manger. Avec le coca au ravito, ça passe.
Maintenant c’est la boucle autour du camping. Il y a une longue rue légèrement montante qui retourne à la piste cyclable, il faut garder le rythme. Ensuite plein soleil le long de la piste cyclable. Il y a plein de monde, plein d’encouragement, c’est cool.
Maintenant je tourne à droite et je longe le camping pour retourner au lac. On court dans l’herbe j’ai du mal à poser les pieds et garder un rythme, mais c’est assez court.
Ensuite le long du lac c’est un chemin, pas mal de racines et souches, mais c’est à l’ombre.
Maintenant c’est le tour du parc à vélo, avant de passer le petit pont et retour au ravito. Je passe à la tente esplanade et rend mon téléphone. Il ne me sert à rien, impossible de s’en servir avec toute cette transpiration. Je le donne à une bénévole, lui indique le numero de mon sac et elle s’occupe de tout, génial.
Ravito, il faut quand même que je mange, j’attrape un gel powerbar, citron, on va voir. C’est pas terrible. Je bois beaucoup d’eau, m’asperge et repars.
47’ pour ce premier tour. 5’41 de moyenne, je suis bien là. Aucune raison d’accélérer, il suffit de tenir le rythme.
Alors c’est reparti. Bon il faut commencer à faire des efforts pour rester à 150, le corps à vraiment envie de ralentir avec cette chaleur. Mais les jambes suivent.

Le long du lac, une famille propose des grands gobelets d’eau, je vais pour en attraper un mais la petite fille me le reprend?????
La jolie jeune fille derrière elle me le donne, ok. Là j’en bois une grande gorgée et elle me dit
“Non c’est pas pour boire, juste pour se mouiller, c’est l’eau du lac” Ah oui elle a un petit goût. Prise juste au bord, dans la vase … Je me vide le reste sur la tête et file. Merci quand même.

De nouveau la zone de croisement, je cherche Yann, j’espère qu’il est déjà passé, mais je ne le vois pas, et à la séparation j’entends mon nom, c’est Yann qui arrive, ouille il a l’air entamé et a donc perdu un peu de distance par rapport au premier tour, mais ça reste jouable, Je l’encourage à essayer de relancer, accéléré pour avoir de la marge, puis repars sur mon chemin.

2e ravito, toujours pas envie de manger, alors coca, orange, pasteque et ça repart. Je suis plus dans les 5’50, et ça redescend doucement vers 5’45 maintenant. C’est de plus en plus dur de rester à 152. Le corps résiste, mais je relance comme je peux.
Je suis en train de reprendre Mohamed, je cours un poil plus vite, mais il est plus rapide au ravito. C’est bon d’avoir un lièvre.
Le 2e tour s’enfile comme le premier, avec juste un peu plus de chaleur. Je plains ceux qui posent le vélo maintenant. 33°C.
Je le boucle en 46’ c’est génial. Il est un peu plus court car on ne refait pas le chemin de la sortie de T1, je suis un plus lent, 5’55 mais c’est dans les temps, et surtout, il est 16h20 il me reste 1h10 pour faire 8.3km c’est quasi dans la poche.
Quand je passe le tournant et que je récupère mon 3e bracelet, le speaker est à bloc:
“Allez thomas, plus qu’un tour, ça va le faire, tu vas monter” Je repars tranquille, je laisse le cardio redescendre à 145, et je me concentre sur mon état:
Les jambes sont très bien.
Le cardio a de plus en plus de mal à monter.
Le mental est bon
Mais j’ai rien manger de consistant depuis 2h

Bon il faut absolument que je trouve de quoi manger, je me souviens que j’ai une dernière fajitas dans la poche de mon short, je commence à la grignoter, mais ca passe pas vraiment.
J’arrive à en manger la moitié.

Quand j’arrive au premier ravito, je me prévois une belle pause. Je commence par de la pastèque, puis des tucs, il y a des cacahuètes enrobées de sucres, c’est pas mal ça, et ça passe. Bon j’arrive à en manger 5.
Et là qui c’est qui déboule comme un diable alors que je grignotte mes cacahuètes? MASSIMO.
Il a des yeux de fous, un méga sourire, il a l’air au top. Je me demande si il est dans son 2e ou 3e tour, est ce qu’il doit repartir de suite pour être dans les temps? Est-ce qu’il est dans son 3e tour lui aussi et qu’il était à mes trousses?
Je vérifie son poignet pendant qu’il reprend son souffle, yes 3 bracelets, il vient donc de me rattraper. Enorme, il va passer le tournant!
On mange ensemble, puis on repart, il me dit qu’il commence à avoir mal aux cannes, je lui annonce que je suis maintenant en mode footing car sur de passer le tournant.
On repart ensemble tranquille. Il me raconte son vélo, 8h02 seulement 7’ de plus que moi, hallucinant, ce mec est une machine.
Et on trottine, côte à côte, comme à l'entraînement. Bon sang c’est cool de plus être tout seul.
On a bien ralenti en repartant ensemble, mais au fil des kilomètres, on retrouve notre vitesse de croisière juste sous les 6’ au kil.
Et voilà le petit pont, on zap le ravito pour filer direct à la cloche, je suis juste devant Massimo et ding ding ding.
Ouah que c’est bon, ça c’est fait, il est 17h05 on a 25 minutes d’avance au tournant, mission accomplie, maintenant on peut relâcher la pression, faire une bonne pause avant de s’attaquer au Semnoz!
Ca sent bon, on va être top finisher, plus que quelques efforts :)

Après avoir sonné la cloche, on retourne à la tente esplanade récupérer nos sacs et nous changer. On fait un tour par les toilettes pour être sur de pas être gêné dans la montée, les popos en pleine nature c’est sympa, mais pas super confort.
Ensuite on s’installe dans l’herbe et on se change: short, tshirt, chaussettes et chaussures de trail.
On prend bien soin de se noker les pieds, on enfile les sacs à dos et on file … au ravito.
Bon là c’est toujours un problème, je commence à être bas niveau énergie, mais je n’arrive rien à manger, je commence même à avoir mal au bide.
J’attrape une pomme, un paquet de fruit sec, je rempli mes gourdes une avec de l’eau, l’autre avec de l’isostar.
Ca fait 20 minutes qu’on a sonné la cloche, bon sang ça passe vite. On s’approche de 17h30, Yann n’est toujours pas passé, il y a des groupes qui arrivent et qui sonnent la cloche, heureux les gars. Le dernier à sonner la cloche passe 25s avant le cut.
Allez il est temps de grimper. Un coup d’oeil vers le sommet, et j’ai le moral dans les chaussettes. Bon sang c’est loin, c’est haut. J’ai l’impression qu’il va me falloir 5h pour y aller. Là tout de suite j’ai pas envie.
On part en marchant. On croise l’ambulance, y a un gars assis par terre en train de gerber. Il était devant moi dans le 3e tour, il a sonné la cloche, mais je pense pas qu’il va monter.
2 mecs nous double en trottinant. Il fait chaud, trop chaud pour courir (36°C au soleil) on marche.
Au bout d’un km en 12’ je dis à Massimo qu’il faut qu’on cours, sinon on va jamais y arriver. Alors on trottine, la machine se remet en marche, on repasse les 2 gars qui se sont mis à marcher, et on ne s’arrête plus de courir.
On quitte enfin la route pour le chemin après 4km, maitenant ça grimpe, on marche à nouveau.
Devant nous un groupe de 8 gars. On marche plus vite qu’eux et on revient sur eux.
On se calle derrière un moment pour souffler, puis on fait une bonne accélération pour pas qu’il nous colle aux fesses.
Le chemin se redresse, plus c’est raide, et plus j’ai du mal, alors que Massimo est de plus en plus facile.
Je me force à relancer dans tous les plats pour pas que ça traine. Mon niveau d’énergie est très très bas.
Ravito du 30e km, on a mis 1h ouf ils ont du coca, les bénévoles au petits soins, c’est vraiment sympa.
Bon rien d’autre ne passe que le coca et l’eau. Va falloir que ça tienne.
On repart, rahhh des descentes, ça s’enchaine, montée, descente, montée, descente. Ca fait mal au moral ces descentes.
Un panneau: 980m arghhhh encore 700m de D+ à prendre, ça fait 1h30 qu’on est parti, ce que je ne réalise pas c’est qu’on a déjà fait 600m de D+ donc c’est pas si mal.
La montre est en mode triathlon, donc pour la course elle a un affichage marathon, je n’ai pas accès à l’altimètre, ma vitesse ascensionnelle ou le d+ cumulé, juste le temps au km.
On tourne entre 15 et 25’ au km. Il en reste une bonne dizaine bordel c’est 3h ça. Merde on va vraiment mettre 5h pour aller en haut.
Petit ravito liquide, avec le coca salvateur, mon ventre ne me fait plus mal, mais je ne peux rien manger. J’abandonne mon sachet de fruits sec qui ne me sers à rien. J’ai un sachet de chips, mais je n’arrive pas à manger en marchant.
On repart, un gars nous rattrape, il a l’air en forme, c’est lui qui a fini 25s avant le cut, il en a chié sur le vélo, mais c’est un super traileur. Il a la caisse et il part devant. On essaye de suivre.
Il y a maintenant une partie route, je suis bien faible, mais c’est moi qui propose de relancer, et je me met à courir, Massimo m’emboite le pas et le gars passe devant.
7’ au kil dans du 2-3% je débranche le cerveau. Le gars nous décolle, il part devant.
M’en fou je cours, chaque mètre gagné me rapproche du sommet.
Finalement je suis bien sur cette route, je suis en mode survie, mais ça passe mieux que dans le raide. Dans le raide mes lombaires sont à l’agonie. Obligé de grimper les mains dans le dos avec les pouces enfoncés dans les muscles pour les soulager.
Impossible de poser les mains sur les cuisses pour m’aider à pousser.
J’ai proposé à Massimo de partir sans moi, mais il n’y voit pas d’intérêt, il rattrapera pas le gars devant, il y a personne derrière, pourquoi gagner 10’ ?
J’ai peur que ce soit plus 1h que 10’ mais bon. On continue ensemble. Lui il a du mal à relancer sur le plat et courir, moi j’ai du mal à le suivre quand ça grimpe. A nous deux on va bien réussir à arriver en haut.
C’est la fin du bout de route, ravito, yes, coca, yes!!
Maintenant c’est la partie vraiment raide qui commence, et je sais que je vais prendre cher. On nous annonce encore 600m de d+, mais un peu plus loin alors qu’on a bien grimpé 2 bénévoles qui assurent la sécue nous annonce 500 d+
Bon sang on va pas s’en sortir.
Et on grimpe. J’ai vraiment les lombaires en feu. J’aurai du faire plus de grimpettes à l'entraînement.
On entend maintenant les cloches des vaches, bon sang ce que je suis faible. C’est dur.
Oh la route, je reconnais ce coin, on est plus très loin de la sortie de la forêt.
Dernier ravito, haaa du coca et des chips. Ca passe bien là.
Plus que 200m D+ et 2.5km
Le chemin est moins raide, à nouveau je peux relancer pour rattraper Massimo. Ca y est on sort de la forêt. On voit les sommets.
J’ai l’impression qu’on est suivi, je me retourne souvent mais personnes.
Pourtant il me semble entendre des pas.
On passe une dernière bosse et ça y est, on voit les oriflammes, c’est là haut, c’est l’arrivé.
On rejoint la route, et Massimo me dit de lever le nez, de me retourner.
Ouahhh c’est magnifique. On s’approche de 21h, le soleil commence à se coucher et illumine les Alpes.
Mais bon sang, y a un gars qui sort de la forêt en courant, il est 400m derrière nous.
Allez zou on repart. C’est de la route, je peux courir.
On va pas se faire coiffer au poteau à 500m de l’arrivé.
J’ai plus de jus, mais je cours. Même dans le raidar au dessus de la route pour rejoindre le sommet. Je cours.
Massimo et juste devant, je le laisse passer la ligne seul, il a bien mérité de finir devant. (Et en plus si il fini devant je gagne un repas au resto ;)
Et voilà, c’est fait, je suis Top finisher de l’Alpsman, en 15h24.
Au final on a mis 3h30 à grimper là haut.
On nous donne les fameux Tshirt noirs, la médaille, et la bière.

Rahhhh c’est bon ça, de la bière, des chips et du saucisson! Comment bien finir la journée.