Evergreen 228 - 2016 jusqu'au bout

Bonjour à tous, la plat de résistance de la saison c’était ce weekend, avec l’evergreen 228. On peut dire que toutes les courses de cette année était orienté vers la réussite de cette épreuve, où l’an dernier j’ai capitulé à 21km de l’arrivé.

 

Fort des leçons apprises l’an dernier, j’ai essayé d’arriver plus frais, et avec plus de puissance sur le vélo, car ils ont réussi à rendre le parcours vélo encore plus dur, sisi c’est possible.

 

Petit rappel pour ceux qui ne connaisse pas, l’evergreen 228, c’est 4km de natation dans le lac de Montriond à côté de Morzine, puis 182km de vélo à travers la haute savoie avec 7 bosses dont 4 cols pour 4900m de dénivelé, et pour finir un trail de 42km et 2500m de dénivelé dans la vallée de Chamonix, sur les pistes mythiques de l’utmb et du 80km du mont blanc.

Un format ironman donc, mais sur un parcours alpin qui pique bien. Il a la réputation d’être le plus dur au monde, et avec un temps aux alentours des 16h pour le premier, on pourrait y croire.

 

Mon plan de bataille, faire une natation à l’économie, et vue la forme actuelle ça devrait tourner dans les mêmes temps que l’an dernier, 1h08, transition avec change intégrale, puis un vélo en souplesse, tout en zone 2 au cardio, pour 9h en selle, à nouveau 10min de transition pour passer en mode trail, et 11h de course à pied pour un finish sous les 22h. Après on peut toujours rêver, sortir de l’eau en 1h, rouler en 8h30 et courir en 9h30, c’est beau de rêver

 

Pour pas se faire une micro nuit avec réveil à 2h du mat pour prendre le bus de 3h avec départ à 6h30, on a décidé avec mon ami Tolga qui fait le 228 lui aussi, de poser une tente à Chamonix, et de camper à Montriond à 4km du lac pour être au plus prêt du départ.

 

J’arrive à Chamonix le vendredi matin à 10h, pour ce qui va être une journée marathon de préparation.

10h30 le camp 1 est monté

11h je file au village expo pour le briefing

12h30, je mange avec Denis et Jérome qui seront sur le 118

14h préparation des sacs.

15h dépose des sacs et du vélo

16h30 départ pour Montriond avec Tolga

17h40 installation du camp 2

18h enfin la relâche et on se pose dans une chaise.

 

8h assez intense, il faut vraiment être frais et bien organiser pour ne pas perdre trop de jus dans toute cette préparation. Heureusement j’avais bien soigneusement préparé toutes mes affaires la veille, mises dans des sacs pour chaque transition à l’avance. Le camping n’a plus de secret pour moi, je suis bien équipé et vite prêt, mais Denis par exemple, qui était là à l’arrache, inscrit une semaine auparavant était bien inquiet.

 

19h on mange, et je crois que je me suis couché vers 20h30. Je m’endors rapidement et me réveil vers minuit pour soulager ma vessie, signe d’une bonne hydratation

J’arrive à me rendormir et me réveil un peu avant 4h. Avec un réveil à 4h30, pas la peine d’essayer de me rendormir, je commence à me préparer.

 

Petit déjeuner avec le gatosport maison préparé par ma femme, arrosé d’un bon thé à la menthe.

On démonte ensuite le camp, et à 5h30 on se dirige vers le départ.

Les vélos sont bien à leur place, je prépare le mien, puis fait une pause technique d’avant course, qui me soulage un max. Quand on part pour 24h de course, il vaut mieux ne pas avoir à s’arrêter en route

Je retrouve Yann, mon pote cycliste du vélogessien qui va faire son premier triathlon sur le 228. Un grand fou ce Yann, mais je sais qu’il a les moyens d’aller jusqu’au bout. J’ai un peu peur pour sa natation, il a l’air de bien nager, mais 4k quand on ne nage jamais, c’est pas une mince affaire.

 

Je file dans la tente enfiler ma combi, je vérifie mon sac de transition vélo et me rend sur la ligne de départ. On se souhaite bon courage pour la suite, et je vais nager un peu pour me chauffer.

 

 

L’eau est bonne, 18°, bien plus agréable que les 14° de l’an dernier.

C’est le moment de se placer pour le départ. Je demande autour de moi les temps de natation prévu, et tout le monde annonce 1h20-1h30. Avec mes 1h08, je me met tout à l’avant.

L’an dernier j’étais sorti dans les 10 premiers de l’eau, mais avec 3 fois plus de participants cette année, j’imagine qu’il va y avoir plus de bons nageurs. Mais à priori il n’y en aura pas beaucoup, donc je devrais pouvoir rapidement m’extirper du peloton et nager tranquille.

 

6h35: Pan c’est le départ, on s’élance vers la 1ère bouée à 100m environ, et là surprise, je suis devant. Oui 50m après le départ, je mène la course :)

Ca se resserre en arrivant à la première bouée et je tourne en 4e ou 5e position. Je prend les pieds et profite de l’aspiration, on se sépare rapidement du peloton.

Rapidement je perd les pieds, les 3 premiers accélèrent, et je préfère garder mon rythme, la journée va être longue. Je me retrouve tout seul, au milieu du lac, en pleine nuit, c’est surréaliste.

Les bouées ont des clignotants, donc on arrive à les repérer assez facilement, de toutes façons ici c’est tout droit.

Ce dont je ne me rend pas compte avec l’obscurité, c’est que j’ai pris de la buée dans les lunettes, et lorsque ma montre bip les 1km, j’en déduis que je suis à la dernière bouée et que je dois tourner à gauche. Malheureusement j’étais une bouée trop tôt, et les arbitres ne me le signalent qu’une fois que je suis arrivé à la bouée suivante. Obligé de faire demi tour et de filer en diagonale vers la véritable dernière bouée au fond.

Je prend facilement 100m dans la vue sur ce coup là :(

Je me retrouve derrière un petit groupe d’une dizaine de nageurs, avec aucune idée de mon placement dans la course. Pas d’affolement ou d’énervement, c’est une petite erreur, je suis toujours en course, et franchement 2-3min de perdu en natation sur une journée de course ça va rien changer.

Je profite de l’aspiration du petit peloton pour me calmer et retrouver une bonne glisse.

Et là gros coup de frein. J’arrive dans un champ d’algues qui me scotch litéralement. Incroyable. Je suis obligé de me battre pour me déméler et sortir de ce bourbier. Je rejoins le groupe et prend note de passer plus à droite au prochain tour.

Rapidement je remonte les nageurs, et c’est en tête de ce peloton que j’arrive vers la sortie à l’australienne. Mais la surprise, un kayakiste me barre la route et me dit d’aller chercher une bouée complètement sur la gauche, quoi?

Ils avaient pourtant bien expliqué au briefing qu’on laissé toutes les bouées sur notre gauche, donc là il me dit d’en passer une dernière sur ma droite, ce qui me rajoute encore 50m avant de refaire les 100m qui m’amène à la plage.

Bon ok.

Mais là ce qui m’énerve, c’est que je vois plein de nageurs filé tout droit.

Je sors de l’eau, passe le tapis et replonge. Là je jette un coup d’oeil et je ne compte que 10 gars devant moi. En fait j’ai remonté toute la course, le premier est loin devant, et les gars qui sont devant moi sont ceux qui ont coupé.

On repart pour un tour, je fais l’effort pour revenir dans les pieds des gars devant, et me cale derrière un gars pour profiter de son aspiration. Il fatigue, et je le passe pour en suivre un autre. Je fais ça 3 fois, pour finalement me retrouver derrière 2 gars, et je ne vois plus personne devant. (en fait il y a le premier avec plus de 10min d’avance déjà)

Dans ma tête je suis dans le top3 de la natation, et ça me fait oublier mes déboires précédents.

Ce coup là je vais bien jusqu’au bout du parcours, je tourne et on repart pour le dernier kilomètre.

Les 2 gars devant ont le rythme idéale, et je me laisse glisser derrière. Je pourrai nager encore 2 bornes comme ça tellement je suis à l’aise.

Je suis tellement bien que je fais pas attention à notre destination, et en fait les gars comme au premier tour, file direct vers la plage, et à nouveau un kayak vient nous forcer à aller chercher la bouée à gauche, avant de rentrer à la plage, encore 100m de perdu, et un petit groupe qui lui a filé droit qui nous passe.

Bordel ça fait chier là.

Je sors de l’eau, regarde ma montre, 1’36/100m de moyenne, c’est très bon, par contre 4.7km de nager, j’hallucine.

Je récupère mon sac de transition et file dans la tente me changer. Là il y a 5 autres concurrents. En m’habillant je discute un peu et tout le monde dit avoir eu des problèmes avec les kayaks et le parcours, et affichent entre 4.2 et 4.4km, moi avec 4.7 j’ai la palme, je pense que ça vient de mon erreur à la fin du 1er kilomètre.

Bref je fini de m’habiller, j’attrape mon vélo et sort du parc. Quand je passe la ligne de monte, on m’indique en 9e position.

Et là tout de suite, je ne suis plus énervé, ça commençait à ruminer ces histoires de bouées et d’erreurs, mais savoir que j’ai quand même fait une natation qui me place dans le Top10 de la course, ça rassure.

De plus j’ai eu de superbes sensations pendant toute cette natation, en fait la journée commence bien. Allons bouffer du col maintenant :)

 

Ca commence par une descente de 3km, j’ai mis le coupe vent, parcequ’après la natation et à 8h du matin il fait bien frais. Et là surprise, alors que je suis en position bien aero, un gars m’enfume, mais sévère, et ça, ça n’arrive pas souvent, je me dis que mon vélo doit déconner, genre un frein coincé ou un roulement pété, mais non, je suis à 60kmh et ce gars va juste plus vite que moi. Et là je me souviens d’une bonne résolution, prise avant la course: Cette année tu ne pédales pas dans les descentes, donc je laisse le gars filer.

Arrivé en bas, je suis 100m derrière, et on roule au même rythme. Finalement il fait bon et j’enlève le coupe vent. Puis voilà la première bosse.

 

 

8:25 pendant l’ascension du col de Joux Plane.

 

Joux plane, c’est un des monstres sacré du tour de France. On le grimpe par le versant le plus facile, 8km à 8% sympa la mise en jambe. Rapidement je me retrouve au niveau du gars qui m’a doublé. C’est un costaud, il doit bien me mettre 5-6kg, mais il monte sur le même rythme que moi, facile, je ne l’entend pas respirer.

Moi je suis à 150 cardio, zone 2, 850m/h pile poil sur le plan de route.

Au bout d’un moment j’ouvre la discussion avec Manu, dossard 68, et j’apprend que c’est un sacré costaud, qui en plus du triathlon, fait de l’ultra trail, et pas les courses de minot, mais plutot des trucs genre Thor des géants etc … Okayyy.

Bah je suis bien content de monter à son rythme, et d’être facile. Il y a du monde qui double, et vu comment il souffle, je me demande comment ils vont finir la journée.

Rapidement on rattrape les derniers du 118. Ils sont parti 15min après nous en natation, et avec pourtant 2km de moins à nager, je reviens déjà sur eux.

 

1h03 de vélo plus tard, je suis au sommet. Pour rappel voici mon plan de course

Pile poil dans les clous.

Seul ennui, j’ai déjà le muscle fessier gauche qui pique, et je sais que rapidement c’est la hanche gauche qui va me faire mal. Je savais que ça viendrait, mais je pensais pas dès la première bosse.

Bon, c’est parti pour la plus grosse descente de la journée. Manu part comme une balle, mais dès le premier virage je reviens sur lui. Et oui la descente ce n’est pas que de la masse accélérée par la gravité contre de la résistance au vent, c’est aussi une technique, un style, un art :)

Donc dès le premier virage, je le ratrape, le passe dans le suivant, et continue seul mon chemin.

Sur ce versant la route est défoncée. Mais avec mes boudins de 28mm, et mon vélo titane, ça passe niquel.

Je me retrouve rapidement en bas, et sur le plat, qui sait qui revient à coup de gros jambons, Mr le dossard 68, Manu. On se marre, on discute, et on attaque la montée de Morillon, un petit bout celle là 4km, 8%, en 25min c’est torché, toujours en z2.

1h53, c’est plus proche de la prévision lente que rapide, mais c’est toujours dans les clous.

Descente sur une route bien lisse, petit bout de plat, et c’est reparti pour une mini bosse vers Arraches, toujours en compagnie de Manu.

5km à 5%, torché en 20min, facile. Mais la grosse surprise de cette bosse, c’est qu’à mi chemin, qui c’est que j’entends gueuler, en danseuse, maillot du véloruck ouvert? Mais oui c’est l’ami Yann. En fait on s’est croisé en transition natation, j’étais surpris de le voir sorti de l’eau si près de moi. Mais je pensais qu’il allait bien prendre son temps avant de monter sur le vélo. Que dalle, il a fait une natation du tonnerre, il sort tout frais de l’eau et attaque le vélo comme si il partait acheter du pain. Donc à peine 2h30 de vélo et il m’a déjà rattrapé. On passe la bosse ensemble, puis il attaque la descente. Mouhahaha, Yann, vas y que je relance comme un cochon. Moi gentiment, j’attend le premier virage en roue libre, freine au dernier moment, fait l’intérieur, et passe le Yann en rigolant. Je lui lance même une tirade:

“Rien ne sert de pédaler, il faut freiner à temps”

Il se marre mais n’arrivera pas à me suivre, hehehe.

Bon par contre 5min plus tard sur la plet, qui c’est qui déboule à donf, c’est Yann. Avec pas loin derrière Manu. Mais je les laisse filer, chacun son rythme.

J’ai passé le sommet de cette bosse en 2h34, retour sur la prévision rapide, cool :)

La tête dans le guidon, le vent dans le dos, ça roule fort sur cette partie, tellement fort que je rate le ravito. Bon c’est pas un soucis, j’avais fait le plein au précédent, et j’ai tout ce qu’il me faut pour attaquer le double plat du jour, l’enchaînement col de Romme, col de la Colombière.

 

Virage à gauche, on passe un concours de pétanque puis en face, un mur. Ca part tout droit le long d’une falaise, et c’est juste incroyable. Le premier kilo est annoncé à 10%, pour un col de 9km à 9% de moyenne, mais là tout de suite, ça doit bien faire 14% et puis c’est pas graduel, t’es peinard sur le plat, et bim 14%, dans ta face. Ca replate un peu derrière pour honorer les 10% du premier kilo, mais ça s’enchaine à 9-10% tout du long, sauf un passage à 7 sur la fin.

Autant vous dire que ça fait très très mal. Mais bon je suis frais, j’ai les cannes, tranquillement ça va passer. J’ai manu en ligne de mire, et graduellement, mètre par mètre je reviens vers lui. Après 6km d’ascension je le rattrape, “Comme je t’ai enfumé” je lui lance en le doublant avec 20cm à l’heure de différence

Impossible de rester en z2 sur cette bosse, je tourne à 160 de moyenne, pour un petit z3, ça va, jamais dans le rouge non plus.

4h01min toujours dans les clous. C’est bon ça.

Puis c’est la bascule, descente rapide vers le reposoir, et 7min plus tard c’est reparti, pour le col de la colombière cette fois. Et là bonne surprise, je m’attendais encore à 9km mais ce ne sont que 7 qui m’attendent. Par contre ce qui ne va pas changer, ce sont les 3 derniers kilomètres à 10%.

Je commence tranquillement et maintient le cardio sous les 160 pendant les 5 premiers kilomètres, mais les derniers sont terribles, en plein soleil, il est midi, ça fait mal.

Je me fais doublé par un avion de chasse, qui monte vraiment facile. Ce gars là je ne le reverrai que le lendemain, sur la 3e place du podium …

Je me fais rattraper par un paquet de monde sur ces 2 kms, mais je vois des gars qui tapent dedans, qui en chient. Moi je me force à rester tranquille, j’alterne danseuse, force, moulinette, pour garder le cardio dans la bonne zone. Les passages en force me permettent de faire redescendre le cardio, la danseuse me décontracte le dos, et la moulinette me relaxe les muscles.

Et ça y est, enfin le sommet, la petite baraque, on la voit depuis le km4 de cette ascension, c’est terrible.

5h05 de vélo, j’ai pris 6min dans la vue sur ma prévision lente, mais je suis en très bon état, bien mieux que l’an dernier.

Ici gros ravito. On a accès à un sac d’affaire perso, je change de maillot, j’attrape mes sandwichs, je fais le plein et je repars, avec Manu qui fait un arrêt éclair.

On se tape la bourre dans la descente, c’est bien fun. Arrivé au grand bornand, on est à 2 doigts de rater une bifurcation, mais heureusement un autre coureur nous interpelle, ouf. Il faut vraiment rester concentré pour ne pas rater le marquage au sol qui est vraiment petit.

 

Et voilà, ça repart pour le col des Aravis, 11km d’ascension, avec une première partie très facile à 2-3%, puis les 7 derniers kilomètres à 6%, je grimpe à 12kmh, cardio juste au dessus de z2 à 156, et surtout je reprend des gars qui m’avaient doublé à la fin de la colombière.

J’ai bien distancé manu, je le vois 3 lacets plus bas. Et c’est avec 2min d’avance sur les prévisions lentes que je passe le sommet, 8min de reprise dans ce col. Tout va bien.

Maintenant c’est la partie facile du vélo, longue descente jusqu’à Flumet, puis faux plat montant jusqu’à Combloux et enfin descente de Domancy.

 

C’est maintenant que la journée se décide, d’abord ne pas se planter de route comme l’an dernier, et ensuite gérer, gérer, gérer dans la montée de Passy-Servoz. J’y avais laissé tellement de jus l’an dernier, que je fais vraiment gaffe.

Je suis effaré par ma vitesse moyenne sur cette section, 15kmh, mais il faut que j’en passe par là, pour rester en condition pour le reste de la journée. J’étais à 21kmh de moyenne après la descente de Domancy, donc bien parti pour un sub9h à vélo, mais là je commence à douter tellement je me traine.

Je croise mon pote Dominique, venu encourager des gars de son club. Puis voilà, fini le faux plat montant, ça roule enfin correctement. Et passé le Chatelard, ça reprend du pourcentage pour la montée de Vaudagne. Mon calvaire l’an dernier. Là je suis bien. Je prend mon rythme habituel, et ça grimpe. 150 au cardio, bien en z2, 700m/h, ça grimpe.

Petit challenge cette année, un passage cyclocross, droit dans la pente pour éviter des travaux, ah ils sont joueurs chez Evergreen. Puis derrière un mur à 15%, non merci, je reste à pied et continue de pousser mon vélo sur les 25m :)

Encore 3 épingles, et voilà, c’est fini, tout le dénivelé du vélo est passé, et je suis en bon état.

Bon la hanche gauche coince un peu, mais je sais qu’en démarrant la course à pied tranquillement ça va vite passer.

Je passe les Houches, les Bossons, et me voilà dans Chamonix, le parc à vélo, ça c’est fait.

8h48 de vélo, c’est 45min de gagnées sur l’an dernier. Et en bien meilleur état. Je m’en félicite :)

 

Allez hop, à poil dans la tente de transition, changement intégral, j’enfile mon déguissement de trail runner, et je me dirige vers le ravito. Bon là je suis un peu déçu et ne trouve rien qui me plaise. Il est pourtant bien fourni. Ayant de la réserve dans mon sac à dos, je pars confiant. Le soucis, c’est qu’après 9h à manger la même chose sur le vélo: barre amande et gels noisette, je suis écoeuré. Et lorsque j’attaque la première ascension, 1000m de dénivelé pour 6km, je ne suis pas au top. J’arrive quand même a adopté une allure de marche rapide, garder les pulses autour de 140 et ça grimpe aux alentours de 600m/h.

Et là commence le défilé, un paquet de mec déboule, en courant ou en marche rapide, bien plus rapide que moi. Ils ont tous les batons, et là j’ai un petit regret, ne pas avoir pris les miens.

Je prend mon mal en patience, profite du coucher de soleil sur le Mont Blanc et je grimpe.

J’arrive au brévent en 1h43, ce fut dur, mais c’est pas si mal. Je m’arrête au ravito pour me changer, il y a du vent et il fait froid ici. Ensuite je me jette sur la bouffe, et me confectionne des sandwichs jambon fromage qui vont me remettre d’aplomb. Une banane et ça repart.

Je passe le bout de bosse qu’il reste, et j’attaque le balcon, talonné par 2 autres coureurs.

Et là ça va bien. Le peps est revenu, il fait encore jour (c’était un de mes objectifs, arrivé en haut avant la nuit) et je cours. Yep ça y est, ça descend, je me sens bien, je cavale. Petit à petit je creuse l’écart avec mes poursuivants. Le soucis par contre c’est que maintenant j’ai trop chaud. Et je réalise que je n’ai pas énormément de choix dans les vetements. Soit c’est Tshirt, soit c’est merinos manches longues.

Je retrousse les manches, mais rapidement je sue à grosses gouttes. Bon je m’arrête et remet le tshirt. Ce qu’il me manque c’est un coupe vent léger. Je l’ai laissé sur le vélo.

Les 2 gars se sont rapprochés mais ne sont pas revenus. Je relance et remet de la distance.

Et au milieu du balcon, je me retrouve devant les petits escaliers, et après avoir couru 20min en descente, ça fait tout drôle d’escalader ces grosses marches, je me retrouve à 4 pattes et c’est dur. Puis hop, en un rien de temps me voilà à la Flégère, et qui je retrouve, au ravito? Mon Yann, en train de taper la discute avec les bénévoles. En gros ils en peuvent plus, ça fait 10min qu’il leur raconte sa vie. Ils me demandent gentiment de l’emmener avec moi. Ok mais d’abord je vais vous prendre un grand bol de ce bouillon de vermicelle. Hmmm c’est bon ça. Et puis un sandwich jambon fromage, et une banane pour la route.

Et hop je repars avec Yann. Sauf que Yann il cours pas. Et donc au bout de 5min on se souhaite bon courage pour la nuit à venir, et je pars devant.

Lorsqu’on entre dans la forêt, l’obscurité est là et je sors ma frontale. Je me fais doubler par un belge, qui descend fort. J’essaye de suivre mais il va trop vite. Un autre gars me rattrape ensuite, et lui il a le bon rythme, je reste derrière.

Au bout d’un moment il fatigue et je prend le relais devant. C’est vrai que dans la nuit c’est bien plus facile de suivre un gars, que d’être devant à chercher le chemin et à éviter les pièges.

On fini par reprendre le belge et un autre gars. La fin de la descente est très roulante, puis on déboule dans Chamonix, il est 22h, les gens sont en terrasse, et c’est la fête sur notre passage. Y a même un vieil anglais qui me demande si je suis en train de finir l’utmb, oui oui, je me suis un peu perdu, mais je fini

Et c’est en 4h15 que je rejoins la transition. Oui 4h15, quand ma prévision la plus optimiste était de 4h30.

 

14h42 de course, et me voilà au même endroit que l’an dernier, mais pas du tout dans le même état d’esprit. J’ai le moral au beau fixe, les jambes qui tournent, seul ma cheville commence à picoter un peu après la partie bitumée de la descente.

 

Je me ravitaille, puis repars sur cette fameuse boucle Montenvers plan de l’aiguille, qui m’avait fait tant souffrir mentalement l’an dernier.

Je repars en marchant, téléphone à la main, et je tombe sur les copains du club qui vont faire le 58 le lendemain, il m’encourage, on prend la photo et je repars.

Quelques mètres plus loin, c’est Aude, la petite amie de Tolga qui me ratrape et on discute un peu. Je m’étais mis à courir en passant devant les terasses pour faire style, et elle m’emboite le pas, zut me voilà obligé de courir. Elle m’indique que Tolga est 1h derrière, haha lui qui pensait me reprendre dans la 1ère bosse :)

Bon au bout d’un moment j’en peux plus et je me remet à marcher, ça l’a surprend. On se sépare au bout de la rue, et je continue mon chemin seul, dans la nuit.

Il y a 3km de plat sur les pistes de ski de fond de Chamonix pour se rendre au pied de la bosse. C’est dur de se motiver pour courir sur le plat avec les jambes si lourdes. J’alterne marche et course, et il me faut 35 min pour parcourir ces 4kms, pas flamboyant le Tom. J’apréhende un peu les 1100m de dénivelé qui m’attendent. En repartant du ravito, je chattais avec Stéphane et lui annoncé que ça allait être long, avec probablement pas plus de 400m/h en ascensionnel, il me disait, c’est rien, j’ai fait bien moins sur la tds, bon ok, mais c’est pas rassurant.

En arrivant au pied, je vois au loin des lumières, tiens, je suis en train de revenir sur du monde, cool. Ca me motive et j’attaque d’un bon pas la montée. Je vérifie l’allure, 550m/h, yes, c’est bien mieux que prévu, en 2h je suis au sommet, c’est bon ça, il faut juste garder le rythme.

J’aperçois les frontales devant moi, mais ça ne revient pas vite. J’avance seul dans la forêt, et ça grimpe, toujours entre 500 et 600m/h

Je vérifie l’altitude et je vois les 1500m s’afficher, je devrais donc arriver à la buvette de Caillet d’ici peu, mais les minutes passent et rien.

Je me rapproche de plus en plus de mes concurrents, quand finalement j’arrive à cette fameuse buvette, et la bonne odeur de sa cuisine. 1700m. Mon altimètre est au choux, mais avec 50min pour 500m de dénivelé, l’allure affichée était la bonne. J’avance bien.

 

La buvette de caillet sert de ravitaillement, ravitaillement de luxe. Ici ce sont tartes aux courgettes, quiches, tartes aux fromages et jus de fruits bio qui nous attendent. C’est excellent, mais mon estomac n’est pas au top, et après une part de tarte aux fromages, un petit bol de soupe aux pois chiches et un verre de jus pomme-poire, je me remet en route. Tant pis pour le pétage de bide, il faudra que je revienne hors course.

J’ai du mal à digérer tout ça et mon allure s’en ressent, il me faut 38min pour rejoindre le ravitaillement du Montenvers, 400m plus haut. Bon un peu plus de 470m/h c’est pas la cata. Là je reprend un bouillon de vermicelle, et sans m’attarder je repars. Il me faut quand même faire une pause pour me couvrir, car ici ça souffle. Encore une fois je peste sur l’oublis de mon coupe vent. Je n’ai que ma goretex a capuche bien trop chaude, et mon merinos manches longues.

Encore 300m de D+ à avaler et ce sera terminé de cette grimpette. J’ai enfin digéré, et l’énergie revient. C’est super motivé que je pars à l’assaut du signal de Forbes. La vitesse ascensionnelle repasse au dessus des 500m/h et c’est en 33min que je passe au sommet, en 2h12min, et 3h sur cette boucle. Je peux la faire en moins de 5h30 et donc continuer sur ma lancée pour un sub20h.

J’ai 3 gars sur mes talons, et une frontale en point de mire. Allez c’est parti pour le balcon. Je me sens vraiment bien et je pars en courant, je saute de dalle en dalle, et gagne du terrain sur la frontale devant moi. Dans la partie de descente en lacet du balcon, je vois le type devant moi, il n’est vraiment plus très loin. Puis ça repart en montée. Là je n’arrive pas à courir, je n’ai pas la volonté pour. L’écart se stabilise, puis il commence à s’éloigner, et j’entends mes poursuivants revenir, mais que se passe-t-il. Je réalise alors que je n’arrive plus à courir, même sur les parties plates. Ma cheville me fait de plus en plus mal, et le terrain me paraît de plus en plus accidenté. Peu avant d’arriver au refuge du plan de l’aiguille je me fais rattraper.

Je ne perds pourtant pas espoir de les reprendre dans la descente, et grimpe jusqu’à plan de l’aiguille d’un pas décidé. Dernier ravitaillement de la course, ça sent l’écurie maintenant.

Et c’est parti pour une descente de fol… merde. Impossible de courir, j’ai trop mal.

J’essaye de maintenir les 1200m/h de D- qui m’amèneront à Chamonix en 1h, et ainsi passer sous les 20h, mais impossible de tenir le rythme. Je descend à 900m/h, puis 800, et enfin 700 en marchant. Je regarde mon altimètre et ça n’avance pas. Et je me fais doubler, par des gars avec les jambes toutes raides, mais qui arrivent à trottiner. Bouhhh c’est pas cool.

Et voilà qu’une grosse envie de chier se pointe, forcément après 19h de course, et un ravitaillement en continue, il faut bien que ça évacue. Je me baisse dans le bas côté, et fait mon affaire. J’ai pas de PQ mais il y a de jolie feuille très pratique autour de moi. Je repars, mais 5min après il faut que j’y retourne. Forcément un mec déboule à ce moment là. Euh bonjour …

Et je repars, plus léger, mais pas plus rapide.

Que c’est long, mais que c’est long de marcher cette descente. C’est 1h43 plus tard que j’atteinds le parking du Grepon. Je trottine les 300 derniers mètres qui m’amènent à l’arrivé, en 20h39min.

Tout est calme, il n’y a pas de public, il est 3h30 du matin. On me prend en photo, me félicite, et je pars m’effondrer sur une chaise, un peu d’amertume avec ce finish d’escargot, mais heureux, je fini 48e, en 1h de moins que mon objectif, y a de quoi être content quand même.

 

Mais déjà je sais, je sais ce qu’il faut faire pour faire mieux. Je sais aussi ce que je ne peux pas faire. Cette cheville qui me lâche, c’est la confirmation que le trail long n’est pas pour moi. J’ai beau travailler dessus, on ne change pas un tracteur en ferrari. J’ai pas les articulations pour encaisser les chocs, il va falloir faire autre chose. J’avais prévu de retenter le coup sur le 80k du Mont Blanc, mais refaire cette descente à l’agonie, non merci. J’avais même envie de ne pas refaire l’evergreen. Mais il y a tellement de détail qui m’ont échappé sur cette course, d’erreurs que j’aurais pu éviter, que j’ai envie d’y refaire un tour :)

Ca doit passer en moins de 20h, ça va passer en moins de 20h!

 

Mes erreurs:

Natation

  • Mauvaise navigation en natation

  • Ne pas vérifier que le gars que je suis ne fait pas lui aussi des erreurs de navigation.

Vélo

  • Nada sur ce coup là j’ai assuré ;) (merci le grand raid VTT où j’ai validé allure et nutrition)

Course à pied

  • Partir avec la même nourriture que sur le vélo (ça marche 9h mais après il faut changer).

  • Ne pas avoir pris mes batons.

  • Ne pas avoir les vêtements adéquats et devoir m’arrêter pour me changer (4 fois).

  • Ne pas mettre ma chevillère dès les premiers signes de fatigue de la cheville, alors qu’elle était dans mon sac. (J’aurai dû la mettre dès la fin du premier tour).

  • Manger trop gras à la buvette Caillet.

 

Les petits plus qui ont fait que cette année c’est passé:

  • Être prêt à y passer la nuit.

  • Préparation vélo avec du fractionné et pas seulement des longues sorties en montagne.

  • Prendre plus de repos pendant l’entrainement.

  • Avoir un Massimo pour me booster à la piscine.

  • Faire tout le vélo en z2

  • Ne pas courir sur le plat pendant le dernier mois mais travailler uniquement le spécifique up and down pour avoir des jambes en bétons.

  • Camper à côté du départ.