Grand Raid 2013

Après une semaine de repos avec juste un trajet taff à vélo, j’étais bien reposé et en forme pour attaquer ce grand raid.
Cette année Olivier m’a fait faux bond par manque d’entraînement, mais j’ai un remplacent de choc avec Laurent, qui a fini 14e au scratch et 3e dans sa catégorie la semaine dernière à la Barillette.
Je passe donc chercher Laurent vendredi après midi, vélo dans le coffre, direction Sion pour récupérer nos dossards et faire vérifier nos vélos. (il y a un contrôle technique pour s’assurer que les vélos ne vont pas partir en morceaux à la 1ère descente).
Ca bouchonne bien entre Lausanne et Montreux, et la circulation est dense jusqu’à Sion, mais on finit par arriver à la caserne. La récupération des dossards et le contrôle technique est une formalité, nos vélos sont au top. Bon le mien est encore un peu poussièreux de la course de la semaine dernière, j’ai juste re-graissé la chaîne …
On se ballade ensuite dans le village expo, il fait un bon 30° et on se paye une glace

J’essaye quelques casques, dont un modèle spécial hiver, devinez lequel:

On repart ensuite pour Bourg Saint Pierre où nous allons passer la nuit. Laurent à réserver une chambre dans un petit hotel à 5km du tunnel du Grand Saint Bernard. En fait on a une petite chambre dans un chalet, c’est kitsh mais c’est sympa.

La patronne de l’hotel nous cuit nos pâtes et ont s’installent sur une table de pique nique de la station service à côté du chalet pour manger entouré de montagnes.

On passe ensuite un peu de temps à choisir notre tenue, il est annoncé beau le matin mais frais, puis orage à partir de 15h avec forte précipitation. J’abandonne donc mon maillot de superman au profit d’un maillot en merinos qui me tiendra plus chaud quand ça va se gâter. Je partirai avec les manchons et le coupe vent, et le kway dans le sac à dos.
Puis on se couche rapidement, et je m’endors immédiatement. Pas vraiment de stress sur cette course, je l’ai déjà faite, je suis en forme, tout devrait bien se passer.
4h30 le réveille sonne, je file aux chiottes pendant que l’eau du thé chauffe, pas de soucis de vidange, le demi kilo de pâtes de la veille est évacué, puis douche, on s’enfile le traditionnel gatosport d’avant course. On met un peu de temps à remplir les bagages, et finalement on ne démarre qu’à 5h30 pour se rendre à Verbier.
A 6h nous sommes sur place, on se gare à coté de la bibliothèque, remontage des vélos, puis c’est l’heure du caca de la peur, oui j’ai beau ne pas être stressé par cette course, c’est quand même la course, la pression est là, et elle fait son effet. Et je suis pas tout seul, Laurent fait de même
Bon avec tout ça pas le temps de s’échauffer, mais bon pour moi sur une course aussi longue (11h45 l’année dernière) pas vraiment besoin de m’échauffer, je pars tranquille, et le rythme augmente doucement dans la 1ère montée, bon ok on est direct dans la 1ère montée, mais je monte doucement au début.

On nous annonce les consignes de course, et on nous rappelle qu’un orage est prévu, 13h au pire, 17h au mieux. Et en fonction des conditions la course pourrait être neutralisé. Je croise les doigts pour 17h, j’aurai déjà bien entamé la dernière descente et serais peut être même déjà en train de dégusté mes pâtes de récup.
6h30 c’est le départ, ahhh le cliqueticlaque des cales de chaussures qui s’enclenchent dans les pédales, j’adore. On s’élance tranquillement mais tout de suite je souhaite bonne chance à Laurent qui va se faufiller pour se pointer en tête du peloton. On a pas les mêmes objectifs sur cette course: Pour lui 8h, pour moi mieux que 11h45
A partir de là plus de photo, cette année j’ai décidé de ne faire aucune pause, et arrêt minimum au ravitaillement, je vais donc simplement vous décrire le décors magnifique qui nous entoure au départ. Les étoiles font place au soleil, dans un ciel bleu foncé. Les sommets sont enneigés, et entourés de fins nuages rendu rose par le soleil levant. Au loin j’aperçois un glacier. C’est vraiment dans un cadre magnifique que nous allons souffrir toute la journée.
Je m’élance donc sur cette 1ère montée. Cette année j’ai une arme secrète, j’ai récupéré ma trace de l’an dernier, et je l’ai mise sur mon GPS, je vais donc me battre virtuellement contre Thomas Vérin 2012. Sur le petit écran, j’ai en live, l’écart entre mon temps de l’an dernier et celui de cette année à la même position, un ghost mode, comme dans les jeux vidéos. De plus je peux voir le profil de la course, et je sais donc exactement où j’en suis dans les bosses, ce qui me permet de jauger au mieux mon effort.
Je décide de cacher l’indicateur de fréquence cardiaque et d’afficher ma vitesse ascensionnelle, je monte au feeling, et j’essaye de rester au dessus des 700m de D+ à l’heure. Je jette quand même de temps en temps un coup d’oeil au cardio pour voir si mes sensations sont en adéquations avec mes capacités, genre si j’ai l’impression d’être à fond et que je suis à 150 pulses, y a un problème.
Je monte donc à bon rythme (850m/h) tout en tapant la discutte avec ma voisine. Et doucement, je grapille des secondes sur mon temps de l’an dernier. Arrivé en haut de cette première montée, j’ai 3 min d’avance. C’est une agréable surprise. Je sais que j’ai plus de “caisse” que l’an dernier, mais je pensais être moins puissant, pas du tout en fait, 3 min de mieux c’est excellent.
Vient ensuite la seule partir de plat du parcours, ou je lâche ma compagne de grimpette en lui souhaitant bonne chance pour la course, et je m’accroche à un gars bien rapide. Mais lorsque je prend le relais, il se relache, et je me retrouve tout seul. Je repère un groupe devant moi et décide de les doubler tout de suite avant d’attaquer la descente pour ne pas être géner.
Cette première descente, l’an dernier je me suis mis au tas au 3e virage, donc je fais bien gaffe cette année. Pas de prise de risque dans les virages. Je freine bien avant, et je tourne au ralenti. Lorsque je passe à l’endroit de la chute, immédiatement, je prend 1min à mon ghost, et je me retrouve donc avec 4min d’avance. Je conserverai cette avance tout au long de la descente, malgré un rythme moins agressif que l’année précédente.
Ensuite s’enchaîne un lot de petite montée qui nous emmène vers Nendaz. Un peu avant Nendaz je me fais doubler par un type en maillot noir VO2, j’imagine que c’est piji, un gars avec qui j’échange de temps en temps sur strava, mais le temps que je réagisse il est hors de porté, et je n’ai pas l’intention de griller une allumette pour le rattraper et taper la discute.
Nendaz en moins de 1h49, j’ai 5 min d’avance sur l’an dernier. A la sortie du village, je tombe sur Eric, un autre stravaiste, qui ne fait pas la course, mais qui est venu nous encourager. Merci Eric. Il m’indique que c’est bien piji qui est juste devant moi.
Je continue sur mon rythme, mais j’ai un peu mal aux ventres, au ravito précédente j’ai pris une gourde d’isostar, mais c’est trop concentré pour moi, j’ai le bide en vrac. Je laisse tomber l’isostar et bois de l’eau pure pour essayer de me délier l’estomac, mais le mal est fait.
Un peu plus dans la montée du chity, je me fais doubler, exactement dans le me virage que l’année précédente, par un gars avec un short bleu avec des étoiles et écrit Sherif dessus. Je m’accroche à sa roue et discutte un peu avec lui, il se souvient de moi et de mon maillot superman de l’année précédente. L’an dernier il a fini en 10h30, je lui annonce qu’on a 5min d’avance sur le temps de l’an dernier, et qu’on va surement faire une bonne course, et je reste dans sa roue jusqu’au ravitaillement suivant.
A ce ravitaillement je demande du coca, pour faire passer mon mal de ventre, mais il n’en ont pas. J’aperçois alors les oranges, et me dit que l’acidité pourrait faire passer mon mal. Puis je repars rapidement.
On attaque ensuite la grimpette de Veysonnaz par les mayens de l’ours, ce nom m’a marqué l’an dernier, et je me souviens avoir pris mon temps dans cette montée. Pas de ça cette année. J’ai perdu le sherif, mais je trouve un gars qui monte à la bonne allure, et grimpe aux alentours de 850m/h. Je vois l’écars se creuser par rapport à mon ghost, c’est bon ça. Au bout de 3h de course j’ai 10min d’avance, par contre j’ai une information affichée dont je me serait bien passé: le temps de course restant, 8h45 l’an dernier. Aie ça fait mal, même si je fais mieux cette année, c’est au moins dans les 8h, et je commence à avoir les lombaires fatigués, ça va pas être une partie de tarot cette affaire.
On descend ensuite à Hérémence (j’ai 15min d’avance), puis on attaque la montée qui traverse les villages. Des petits villages tout en devers, avec des rampes qui se faufillent entre les maisons. Les gens sont au fenêtre pour nous encourager. Mais à chaque rampe, c’est un bon coup de pédale pour passer, et peu avant le village de Riod, alors que je passe en danseuse pour relancer, craque. Plus de transmission.
Je me retourne pour découvrir que ma chaine traîne par terre. NOOONNNN. Je la ramasse en espérant que c’est l’attache rapide qui a laché, mais non, c’est un maillon qui a rendu l’âme. Je n’ai pas de dérive chaine, je l’ai perdu récement et ne l’ai pas remplacé, quel erreur. Juste au dessus de moi il y a une voiture de l’assistance. Je leur demande si ils ont un dérive chaîne, le moustachu me souri et me dit oui oui, il va dans la voiture fouille et reviens rapidement vers moi, quel bol, j’ai cassé pile poil au bon endroit. Le moustachu tout sourire me tend un téléphone …
ARGGGHHHH non il a rien compris, il parle pas français, et il pense que je veux abandonner et appeler quelqu’un pour me ramener. JAMAIS.
Je suis à 500m du village, j’attrape ma chaîne, et je cours en poussant mon vélo, ça monte et les autres coureurs me doublent doucement, à chaque fois je demande si ils n’ont pas un dérive chaine, mais non. Arrivé à Riod, les petits vieux m’encouragent, mais ils n’ont pas d’outil. Un peu plus loin je vois une voiture avec un ratelier à vélo. Je demande aux gamines qui jouent à côté si le papa ou la maman ont des outils dans la voiture, la maman arrive et m’ouvre la boite à outil, vide
Mais à ce moment là un coureur s’arrête à côté de moi, il m’a vu dans la merde et me tend son dérive chaine. Mon sauveur. Je suis tout stressé et je peine à manipuler l’outil, je pousse trop fort sur le téton et il sort complètement du maillon, obligé de recommencer, et de raccourcir ma chaine de 2 autres maillons. Ca va faire court, mais ça devrait aller. Voyant que je lutte le gars m’aide. A deux on fini par tout remettre en place, j’attend qu’il ait remballé ses outils pour repartir avec lui en le remerciant du fond du coeur. Mais bon il va moins vite alors je prend le large.
Un coup d’oeil au compteur, je n’ai perdu que 10min, j’ai encore 5 min d’avance par rapport à l’an dernier. Mais cette petite pause m’a fait du bien, je n’ai plus mal au dos, et je file. Je double, je double, je double. 1h plus tard, j’ai repris mon retard, j’ai à nouveau 15min d’avance
On est maintenant dans la montée du Mandelon, elle alterne piste en forêt et route bitumée. Sur le bitume j’ai un bon rythme, mais sur les pistes je suis cuit, pas de relance possible. 5h de course, même pas la moitié. Ca craint. Et pourtant je continue de prendre du temps sur mon ghost. En arrivant en haut, j’ai 24min d’avance. Je décide de passer le “plat” du Mandelon doucement, je me souviens avoir laissé pas mal de jus dans ce petit single très accidenté. Quand ça bouchonne je pose le pied, et je souffle en marchant. Je m’économise. Il fait froid et je m’arrête pour remettre les manchons et le coupe vent. Je suis bien content de l’avoir fait quand on attaque la descente.
Arrivé en bas j’ai perdu 20s, mais j’ai toujours 23min40 d’avance. Mais attention c’est maintenant que le grand raid commence. On est à Evolène, il faut monter à Eyson, et cette petite bosse de 300m D+ fait très mal aux pattes après le Mandelon.
A Evolène il faut emprunter une passerelle métallique pour enjamber la route, la pente est très raide, et j’ai bien cru que j’allais me vautrer devant le public quand ma roue arrière à commencer à dérapper. Heureusement j’avais assez de jus pour forcer, zip zip zip, c’est passé. pfiou.
J’y fais un ravitaillement complet, je remplis ma poche à eau, bois du bouillon, mange du fromage, des banisto, bananes et oranges, fais le plein d’isostar mais en version allégé, je vide les 3/4 de la gourde que je remplit d’eau pour diluer, et je repars. Au loin j’entend les grondements du tonnerre. Il est 13h30, ça va bientôt devenir pénible tout ça.
Juste après le ravito il y a le sprint, garmin offre un GPS au 3 premiers, au 100, 200 etc … et au dernier. Je m’élance sur le sprint, mais après 3 coups de pédales, je relâche la pression, j’ai mal aux pattes. Je reprend mon rythme et m’engage dans cette terrible bosse.
Au bout de 2 min, je m’aperçois que je ne peux boire au tuyau. Je stop, replace le-dis tuyau correctement dans le sac car il était coudé, vérifie son bon fonctionnement puis je vois les gels qui traînent au fond du sac. Je met 2 “coups de fouet dans mes poches” puis m’élance à nouveau. Maintenant c’est mon pédalier qui fait couik couik, tant pis. J’ai bien une burette d’huile dans mon sac, mais ça attendra mon prochain arrêt, en haut de la bosse.
Après 2 virages, je passe à côté de la grosse pierre sur laquelle j’avais fait une grosse pause l’an dernier pour me détendre les lombaires en m’allongeant dessus. Ils sont bien contractés cette année aussi, mais c’est supportable. Je prend la corde dans le virage et continue mon chemin. Je regarde le GPS tout heureux à l’idée de reprendre 2 min à mon ghost qui est en train de faire sa pause, mais là rien. Le gps à perdu la trace, et il ne la retrouve pas. Je suis obligé de le redémarrer pour qu’il la retrouve et je perds tout l’historique du jour. Ce n’est pas bien grave car j’avais pris 2 gps, je me doutais que celui là allait planté avec le gros fichier du ghost chagé en mémoire tout en enregistrant la trace du jour. J’ai donc ma montre de triathlon en backup qui enregistre la trace du jour. Je retrouve donc ma trace, mais l’écart a été remis à zero. Je garde en mémoire qu’il y avait environ 25min à mon avantage et continue mon chemin.
Je reprend du temps tranquillement, seconde par seconde, mais je peine. Le dos de plus en plus contracté, pas de pèche. Je sais que j’ai encore plus de 1000m de D+ à faire pour finir la course, et je sais que je vais en chier … grave … Mais bon c’est ça l’endurance. On endure. C’est dans ces moments là qu’il faut se souvenir de pourquoi on fait ça. Alors je lève les yeux de ma roue avant, et je regarde les montagnes qui m’entourent, et là il commence à pleuvoir. Des petites gouttes. Et les montagnes, elles sont perdues dans des nuages bien noires. Et le tonnerre se rapproche. Ca craint.
Je me fais doubler par une nana que j’avais passé dans le single du mandelon. J’essaye de m’accrocher à sa roue, mais je n’ai rien dans les pattes. Elle ne lâche. Le sol s’humidifie, je commence à glisser dans les raidars. J’ai des pneus été. Ca craint.
Je finis par arriver au ravito en haut de la bosse, ouf. J’ai mis 4min de moins que l’an dernier. A mon avis c’est pas le rythme qui est meilleur, c’est juste que je ne me suis pas arrêté.
Au ravito je fais le plein d’isostar, mais en fait je me trompe, c’est de l’icetea que j’ai mis dans ma gourde. Bon c’est pas bien grave, ça me changera de gout.
Je m’engage dans la forêt, et là c’est le drame. En général dans les passages techniques comme celui là, je prend des places, mais là j’ai mal aux pattes, et je suis obligé de laisser passer du monde. Je rattrape quand même la nana, piètre satisfaction.
Je sors finalement de la forêt, il pleut des cordes, et il faut maintenant attaquer la montée de la vieille. Je décide de me couvrir. Je remet les manchons et le coupe vent, mais je garde le kway pour plus tard, il va surement faire très froid en haut, et je serai bien content de pouvoir rajouter une couche à ce moment là. Et de toutes façons je suis déjà trempé, alors il va pas me servir à grand chose contre la pluie.
Avant de repartir je mange un des gels. Depuis le départ je n’ai mangé que du solide. Des barres isostar aux céréales, des banisto, des bananes et oranges, mais aucun gel. J’évite les gels car une fois que tu as commencé, il faut en prendre un toutes les 45min sous peine de faire une hypoclicémie. Mais là je suis mal, j’ai besoin de jus si je veux arriver en haut de ces 500m de D+.
Je pars avec 2 gars. Dans ma tête je fais des calculs, je suis un peu perdu depuis que je n’ai plus mon écart avec le ghost. J’essaye de faire des prédictions sur mon heure d’arriver à la vieille, dernière barrière horraire. Pour ça je me base sur mon temps de course, et ma vitesse ascensionnelle courante. Je devrais arriver avec 15min d’avance. Les gars à côté de moi se demande quand on arrive à la vieille, je leur fait par de mes calculs, et là étonné ils me disent, si on est dans 1h à la vieille (500m de D+ à 500m à l’heure, c’est facile) et qu’il est 14h30, on y sera à 15h 30, pas 15h45. Heuuu oui en effet, j’étais complètement à côté de la plaque. J’avais zappé qu’on était parti à 6h30 et pas 6h et j’avais rajouté 15min qui sortait de je ne sais ou, plus 1h pour le fun.
Bref, 15h30 c’est 30 min de mieux que l’an dernier, 35min même car j’étais arrivé un poil en retard sur la barrière mais elle avait été décalé car il faisait bien beau et qu’il laissait passé plus de monde. Pour ça il suffit que je tienne le 500m à l’heure. Ca me réchauffe le coeur. Et je prend la tête de notre petit groupe pour tirer tout le monde. Et là au bout de 10min, le coup de fouet fait son effet.
Je me sens de mieux en mieux. Plus mal aux jambes, du jus, et les lombaires se font oublier. Je me met en danseuse, et je m’envole. 600m/h, 650, 700. Je me rassois, super sensation. Je me stabilise autour de 700m/h et je roule.
J’ai perdu les collègues, je roule seul, et je double. Un, deux, trois gars, ça n’arrête pas. De pleuvoir non plus ça n’arrête pas, des grosses goutes, qui ruissellent sur mon visage. Je suis trempé, mais avec le rythme de la montée, j’ai bien chaud. Il n’y a plus de tonnerre, j’y crois.
Je crois des gars qui descendent. Déjà l’an dernier ça m’avait étonné. J’en interpelle un, et il me dit qu’en haut il fait trop froid. Je regarde son dossard, départ Hérémence. Petit joueur, il a pas le mental celui là. Puis je double un gars qui me dit qu’il pense qu’ils vont fermer la course à la vieille. Je ne veux pas y croire, je monte pas là pour rien. Je veux aller au bout ! Je me sens tellement bien tout d’un coup. Je redouble d’effort, je me relève et je pousse en danseuse.
Quand je croise des gars qui redescendent, toujours des dossards Hérémence, je leur demande si ils ont neutralisé la course. Non, mais ils disent tous qu’il fait froid, très froid.
Je m’en fou du froid. Je me suis entraîné tout le printemps entre -5° et 10°, j’ai fait la barillette dans la tempête, j’ai gueulé tellement j’avais froid en descendant. Je suis près pour ça, il faut pas qu’il neutralise la course.
Je suis à 2200m d’altitude, ça fait 40min que je suis sur cette montée, je vais la bouclée en 45min la vieille, c’est bon ça. Je prend mon 2e coup de fouet, je vais en avoir besoin pour grimper le pas de lona. Un passage tellement raide qu’il faut porter le vélo, pendant 58min l’an dernier. Je vais le faire en moitié moins de temps cette année. J’ai la pêche. Je peux finir la course en 10h30, c’est possible, j’y crois.
Mon plan c’est de passer le ravito comme un éclair, juste boire un bouillon pour me réchauffer et filer.
Je pose le vélo, j’attrape un bouillon, et je m’apprête à repartir quand la volontaire qui récupère mon gobelet m’annonce que la course est neutralisée. Je ne comprend pas. Elle me répète, la course est finie, on ne monte pas le pas de lona.
Boom. C’est fini, je ne pourrai pas finir. Il est 3h15, j’ai 50min d’avance sur l’an dernier, et je ne peux pas continuer. Je demande quand la course a été neutralisé, et elle me répond 10min. Remontez un peu plus haut dans ce CR, et retrouvez le temps que j’ai perdu à réparer ma chaîne.
C’est fini. 108km et 8h45 de course, 17km du finish.
Ïl fait 4° à la vieille, il y a 5 gars coincé au pas de lona en hypothermie qui attendent l’hélicoptère. Je suis tout à fait d’accord avec l’organisation, il faut stopper la course. Mais je pouvais le faire. Je l’avais en moi. Mais on s’en fout. C’est dangereux, ce n’est qu’une course, et c’est fini. Je rejoins la tente ou une trentaine de coureurs se sont entassé pour se réchauffé. Je commence à trembler moi aussi. J’enfile mon kway et ça va un peu mieux. Mais il ne faut pas rester là. J’entend un organisateur qui parle du rapatriement. Il faut redescendre de la vieille et aller à Saint Martin. De là un bus nous ramènera à l’arriver.
Ok, je file directe, je veux être le 1er dans le bus. Laurent m’attend à l’arrivé, il doit déjà avoir fini. On est un petit groupe de 4 à descendre.
La descente est un enfer, il fait si froid, les mains sont grispés sur les poignées, on ne sent plus nos doigts. On prend de la boue plein la face.
La descente vers Grimentz aurait été encore plus dure car très technique et très secouante. Laurent me dira plus tard qu’il a du s’arrêter souvent dans la descente. Mais bon c’est la descente vers le finish, ça s’endure.
On fini par arriver à Saint martin, et on se rue dans un troquet pour se réchauffer. Sympa la patronne nous sort son chauffage d’appoint et le col à notre table. Qu’il est bon ce chocolat chaud. On attendra 1h que le bus arrive, dans nos vêtements trempé. Ensuite c’est 2h de route pour retourner à Grimentz. On était si près du but en haut
Je fini par retrouver Laurent, il a mis 8h15, pas mal pour un vieux sur un VTT complètement rigide. Tu m’étonnes qu’il en a chialé dans la descente de Grimentz.
Il est 19h, ils sont déjà en train de démonter l’estrade, heureusement il reste les douches, chaudes, bien chaudes. Je récupère mes affaires, je lave mon vélo, et on repars pour Verbier récupérer ma voiture. Pendant le trajet je suis gonflé à bloc, j’avais 50min d’avance. J’allais exploser mon temps précédent. Je plan à 10000, les endorphines font leur effet.
Mais aujourd’hui j’ai mal partout, et je n’ai que 3 lettres en tête. DNF
Did Not Finish. Je ne peux pas en rester là. Ca devait être mon 2e et dernier grand raid, 1 pour finir, 1 pour faire la course. Mais non, je ne peux pas rester sur ce DNF, je vais revenir.